« Nightborn » de Hanna Bergholm : du fantastique en eaux tièdes, du trouble sans remous

Plume finlandaise derrière le fragile mais étonnant Ego, dont la créature ailée avait emporté un Grand Prix à Gérardmer en 2022, Hanna Bergholm tenait avec Nightborn les espoirs d’une confirmation. Le fantastique y est toujours conjugué au féminin et à des troubles intérieurs, cette fois situés du côté de la maternité et des difficultés du post-partum, au travers de Saga, installée avec son mari Jon dans sa maison d’enfance, où elle accueille son premier-né. Mais dès la naissance de l’enfant, et malgré un entourage qui se veut rassurant, Saga perçoit chez son bébé quelque chose d’inexplicable et d’inquiétant.

Si son titre évocateur en constitue déjà une part de l’intérêt, c’est pourtant d’abord sous des traits très communs que s’ouvre Nightborn, dont la photographie contrastée et la mise en scène de bonne élève, mollement appliquée, ne laissent pas présager grand-chose, sinon un de ces énièmes produits tombés d’une étagère de chez Shudder. Pour ainsi dire, tout fonctionne mais sonne terriblement déjà vu si l’on ne se raccroche pas à quelques ambiances lumineuses intérieures très appliquées dans le contraste, ou à quelques appels du pied du côté du conte, à base de racines vivantes et de visages figés dans les écorces, le film trouvant sur ce terrain ses plus jolies idées.

Outre quelques élans picturaux folk assez accrocheurs, c’est donc là que se creuse la personnalité du long-métrage, dont l’introduction idyllique jusqu’au mièvre, préférant le rêve à la peur, pose les bases d’un étrange tempo. Enchaînant calme forestier mystique et accouchement sanglant vu plein cadre, le film annonce sa propension au bégaiement, qui se développe au fil d’une structure profondément erratique, où les idées se catapultent dans tous les sens sans toujours se laisser la place d’exister tant elles s’entrecoupent et se chevauchent. C’est donc sous le régime d’une panique désarçonnante au possible que se déploie le récit, ainsi propice à convoquer, au rythme des râles douloureux du nouveau-né, l’horreur destructrice du post-partum.

Pourtant, sautes d’axes, scories de montage et changements abrupts de ton ne cessent de se multiplier. Ne serait-ce pas là, en fait, le signe d’un geste aventuré sur la piste d’une déstructuration qui le détruit à petit feu ? Si l’enquête sur la nature de l’étrange enfant intéresse assez, en dépit de ses nombreuses idées et séquences laissées inabouties, il en est rapidement plus compliqué pour ce qui est du traitement de la protagoniste, jeune mère prise dans des montagnes russes émotionnelles auxquelles il est malheureusement difficile de croire. Peu aidé par la performance souvent cabotine et criarde de Seidi Harla, le film multiplie les maladresses et facilités dans son traitement d’un post-partum pourtant abordé sans détour, d’un désamour douloureux pour son enfant à des sous-vêtements ensanglantés. Culminant dans la monstration horrifiée d’un corps abîmé par la grossesse au milieu d’une salle de bain en marbre immaculé, la cinéaste ne semble, malgré un fond passionnant (le rapport trouble à l’enfant, que l’on continue malgré tout d’élever, par amour larvé ou par survie), jamais maîtriser la manière de le mettre en image, jusqu’à laisser, dans la multiplication de ses pistes, des doutes sur le véritable cœur du problème en jeu. Des grognements intempestifs aux ongles crasseux de sa protagoniste, Hanna Bergholm semble en fait privilégier le choc au sens, multipliant quantité d’effusions esthétiques presque comiques et de raccourcis étranges pour un geste qui tente toujours, sans y parvenir, de conjuguer réel cru et métaphore fantastique.

Il en résulte un objet entre deux feux, si inapte à sortir de la molesse de son traitement sans remous ni incarnation qu’il s’égare dans ses maladresses, et n’approche donc que superficiellement ses sujets, à commencer par la non-écoute du personnage du mari, trop tardivement pris en charge, alors même qu’il y a là un regard très juste sur la violence d’une éducation figée, traditionnelle, qui ne prend pas en compte les besoins spécifiques d’un enfant. S’il se conclut sur une libération de rage aussi trouble que jouissive, se détachant enfin du réel pour fondre vers le poétique fantastique, voire animalier, le long-métrage ne peut que frustrer. Tout se clôt là où il faudrait commencer, laissant le spectateur dans une eau à peine débarrassée de sa tiédeur.

22 juillet 2026 en salle | 1h 32min | Epouvante-horreur
De Hanna Bergholm | Par Hanna Bergholm, Ilja Rautsi
Avec Seidi Haarla, Rupert Grint, Pamela Tola
Titre original Yön Lapsi

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