Enfin ! Il aura fallu attendre pas moins de 12 ans pour voir revenir sur grand écran l’immense Gregg Araki, aperçu seulement côté série après son White Bird in a Blizzard. C’est en grande pompe que s’amorce ce retour, dont le casting cinq étoiles laisse voir, entre autres, Olivia Wilde, Cooper Hoffman, Charli XCX et Daveed Diggs arpenter le cinéma coloré de celui qui vient une fois de plus explorer la sexualité, cette fois à l’ère d’une Gen Z jugée prude. Pour cela, le film suit Elliot, un jeune homme naïf en quête de sens, dans sa rencontre avec Erika Tracy, artiste provocatrice qui décide de faire de lui sa « muse sexuelle ». Une relation trouble où se mêlent fantasmes, emprise, pouvoir et désirs, pour une promesse Araki pur jus.
Force est d’abord de constater que l’énergie électrique qui irrigue la comédie arakienne n’est ici plus aussi efficace, peinant autant à se lancer qu’à conserver son élan contagieux. Sans doute la structure en aller-retour, de même que la bande originale feutrée ambiante, n’aide-t-elle pas à lancer cette comédie toujours colorée visuellement, pop au possible, mais dont la mise en scène, nettement plus posée, généralement réduite à quelques ensembles et champs-contrechamps convenus, contribue à cette tonalité « downtempo ». Pas de quoi se méprendre pour autant : le cinéaste flotte toujours au-dessus de la mêlée en matière d’objet acidulé, où le banal se voit perpétuellement exacerbé de néons, costumes excessifs et autres fulgurances en animation traditionnelle. On pense notamment à l’appartement d’Elliot, sorte de matérialisation 3D de la maison aux couleurs pastel de la famille Simpson, dont le caractère a priori intime, personnel, se substitue à l’exacte même iconicité que tous ces objets d’art contemporain qui jalonnent la galerie et la villa d’Erika, conférant au film un glacis irrémédiablement pop.
Là est sans doute le geste d’un Araki moins foufou, dont les délires de fantasmes sexuels tous azimuts font toujours rire, voire décomplexent gentiment, mais bousculent nettement moins. Outre une génialement gênante séquence de plan à trois, une Charli XCX à contre-emploi en prude hilarante, et une myriade de dialogues toujours aussi bien sentis et génialement interprétés, tout semble en mode mineur, en retenue, ou plutôt relever d’un geste bien moins direct. Si la comédie touche donc moins, le vrai plaisir de I Want Your Sex se loge dans le véritable puzzle que constituent ses personnages, dont la caractérisation d’abord sommaire, voire archétypale, dessine progressivement le portrait d’existences contradictoires et vagabondes. D’un péon hétéro prêt à lancer son podcast de développement personnel, Elliot s’effeuille en un être complexe que l’on prend plaisir à décortiquer, reflet d’une jeunesse dont la « régression sexuelle » n’est jamais que le symptôme d’une panique plus générale.
Pour ainsi dire, les fantasmes et autres désirs n’ont pas disparu, et ce pour personne. Il suffit de regarder la porte du bureau d’Erika, lieu des premières tentations et ébats secrets avec Elliot, mais qui reste pourtant entièrement vitrée, témoin de relations et de désirs, sinon partagés, du moins affichés. Le souci réside bien davantage dans l’incapacité d’entrer en contact avec les autres, et, par extension, de coexister, dans une Amérique ultra-fragmentée dans laquelle il ne reste, comme dernière prise, qu’à fantasmer sur les schémas familiaux nucléaires. Si la jeunesse étasunienne que dépeignait Nowhere apparaissait hypertrophiée, celle de I Want Your Sex paraît plastifiée, figée à la manière de tous ces objets de musée qui intellectualisent la sexualité avant de la laisser vivre, qui préfèrent le spectacle à l’érotisme organique. Seule véritable échappatoire au mal-être ambiant, le plaisir charnel s’érige ainsi comme une évidente citadelle d’un monde brisé face auquel Araki signifie toute son angoisse.
Chaotique à souhait, c’est là le portrait annoncé d’une « triste réalité » qui s’affiche à nos yeux, brassant mouvances incel, révolution #MeToo et snobisme artistique contemporain dans un véritable cauchemar, celui d’un monde actuel qui détruit tout ancrage et répète ad nauseam la violence. Décontenançant au possible, et frustrant à bien des égards : c’est sans doute dans cette imperfection que le long-métrage fascine et témoigne le plus librement de son époque et de ses derniers gestes de survie, toujours par la possession, l’écrasement, devant l’effondrement capitaliste.
29 juillet 2026 en salle | 1h 30min | Erotique, ThrillerDe Gregg Araki | Par Gregg Araki, Karley Sciortino Avec Olivia Wilde, Cooper Hoffman, Charli xcx |
29 juillet 2026 en salle | 1h 30min | Erotique, Thriller


