« Eega, la mouche vengeresse » et « RRR » en salles cet été : le cinéma de SS Rajamouli décrypté par Christophe Gans

Christophe Gans et SS Rajamouli, c’est toute une histoire. Les deux réalisateurs se sont même rencontrés pour un numéro de Starfix sorti en 2023. Christophe Gans donne quelques clés pour comprendre le cinéaste indien, en le replaçant dans son contexte historique, culturel, humain et familial. Parfait avant de découvrir deux Rajamouli prévus en salle cet été : Eega, la mouche vengeresse qui sort le 28 juin et RRR le 29 juillet.

Puissance
« J’ai eu la chance de découvrir RRR en salle, précisément au Gaumont Stade de France, qui est l’une des quelques salles en région parisienne à diffuser du cinéma indien. J’y avais traîné un ami qui se méfiait d’emblée de ce qu’il allait voir. On était les seuls blancs dans la salle. Et puis le film a commencé et avec cet ami, on s’est regardés, effarés… Quelque chose qu’on ne peut pas soupçonner, si on regarde RRR sur le net ou en vidéo, c’est sa puissance sonore ! Une vraie apocalypse ! On est pris tout à coup sous un feu nourri de sons et de vibrations comme si on assistait à un concert rock. Le son et plus spécifiquement la musique ont une importance énorme en Inde, où les films sont visionnés dans des ambiances de fête totale. Les gens se lâchent vraiment dans les salles. Tout cela explique que les films ne sont pas mixés comme chez nous. Je ne veux pas dire qu’ils sont assourdissants – ce n’est pas le cas – mais ils sont… puissants ! La projection de RRR m’a rappelé la première fois que j’ai vu Suspiria : on est face à un mur sonore. Le mixage de RRR a largement contribué au plaisir délirant ressenti lors de cette projection. Quant au film lui-même, il me suffit de dire que tout ce qu’on raconte à son propos est exact. Ce n’est d’ailleurs pas un film mais un fantasme de film, qui nous remet en accord avec une part de la vérité oubliée du cinéma. Sur les 17 films projetés tous les jours au Gaumont Stade de France, trois sont indiens. Les langages varient. Hindi, tamil ou telugu. Si je me souviens bien, RRR passait en deux versions, hindi et telugu. Aujourd’hui, le cinéma indien est entré dans une phase « pan-indienne », c’est-à-dire qu’il vise toutes les populations, alors que pendant très longtemps, il s’adressait à des publics spécifiques. Le cinéma hindi dominait l’Inde du Nord – c’est celui qu’on connaît sous le nom générique de Bollywood, B pour Bombay. Tollywood représente le cinéma telugu dont la capitale est Hyderabad. Il est moins connu en Occident, même si c’est celui qui totalise le plus grand nombre d’écrans et de tickets vendus en Inde. S.S. Rajamouli, le réalisateur de RRR, est le plus célèbre représentant de Tollywood. Et enfin il y a Kollywood, basé à Madras au sud de l’Inde, tourné en tamoul. Personnellement, c’est celui que j’observe avec le plus d’attention car c’est le plus transgressif et brutal qu’on puisse voir aujourd’hui, tous pays confondus. Il a révélé des metteurs en scène incroyables, comme Lokesh Kanagaraj, qui avec Kaithi a réussi un formidable remake d’Assaut de Carpenter, ainsi qu’Arun Matheswaran, réalisateur de Chinni (Saani Kaayidham), un « rape & revenge » d’auteur – oui, c’est possible – qu’on peut visionner à ses risques et périls sur Amazon Prime. Après avoir été pendant longtemps un patchwork de grandes industries, avec leurs codes précis, leurs façons de tourner, leurs stars respectives, le cinéma indien a donc décidé de passer à la vitesse supérieure pour toucher un public plus vaste. Depuis une dizaine d’années, on a vu croître ses moyens, notamment au niveau des techniques de la photographie et des effets spéciaux, un peu à la façon du cinéma de Hong Kong dans les années 80, ou du cinéma coréen des années 2000. Tout en restant très local, attaché à ses coutumes, ses traditions, le cinéma indien est devenu une cinématographie à la pointe des nouvelles technologies. Un cinéma qui défie le cinéma occidental sur son terrain sans pour autant y perdre son âme. »

Flambeau
« En France, les diffuseurs de films indiens louent les droits de ces films pour un mois, souvent moins, rarement plus. Les mieux lotis sont des incontournables comme RRR mais aussi Vikram (signé Kanagaraj), ou tout récemment Pathaan, avec la superstar Shah Rukh Kahn, un film d’action ébouriffant qui est la réponse indienne à Mission Impossible. Le Grand Rex organise des séances spéciales avec ces films événements, et elles sont systématiquement combles. C’est là que j’ai vu Pathaan, dans une salle remplie à moitié d’Indiens, à moitié d’Occidentaux, tous excités comme des puces. Il faudrait être aveugle ou buté pour ne pas voir qu’il se passe quelque chose avec le cinéma indien : une véritable lame de fond. Au début des années 2000, Lagaan avait été un succès-surprise non seulement en France mais dans le monde, engendrant une sorte de culte auprès d’un public occidental jeune et branché. Je me rappelle l’avoir vu dans une salle où les gens reprenaient en chœur les chansons et dansaient dans les rangées, comme pour Rocky Horror Picture Show. C’était la fête. L’année suivante, il y a eu la sortie de Devdas, un mélodrame baroque adapté d’un texte immortel et porté par trois des valeurs les plus exportables du cinéma hindi : un cinéaste épris de beauté, Sanjai Leela Bhansali, et deux magnifiques spécimens d’humanité, Shah Rukh Khan et Aishwarya Rai. Pour autant, le film n’a pas rencontré le public et l’engouement est retombé. Jusqu’à récemment… où le cinéma indien est revenu en catimini par la petite porte du cinéma pour amateurs de sensations fortes. Il se murmure depuis deux-trois ans que le flambeau du cinéma d’action se trouve désormais entre Mumbai et Chennai (les nouveaux noms de Bombay et Madras). Que le cinéma indien, ce n’est plus seulement du cinéma masala, c’est-à-dire du mélodrame chanté et dansé – l’idée même que la plupart des gens se font de Bollywood – mais du cinéma qui vous cloue à votre fauteuil. Même s’il n’est pas le premier grand film d’action et d’aventures de Rajamouli, RRR est arrivé à point pour confirmer ces dires. 9 mois plus tard, le public rassemblé devant Pathaan venait bel et bien voir la nouvelle démonstration de force du cinéma indien. »

Résistance
« Il y a bien d’autres raisons au plaisir qui vous saisit devant le cinéma indien… D’abord, c’est une forme d’expression qui a décidé de résister à la globalisation générale. Là où le cinéma américain vise sans distinction un public cosmopolite et finalement fourre-tout, composé en vrac d’Anglo-saxons, d’Européens, et d’Asiatiques, le cinéma indien se destine d’abord à son public. De la même façon qu’il échappe à l’homogénéisation (du moins pour le moment), le cinéma indien semble avoir aussi échappé à tous les nouveaux codes imposés par le wokisme… Avec ses héros musculeux et barbus et ses déesses aux crinières jusqu’aux fesses, c’est un cinéma puissamment genré, qui n’est pas pour autant un cinéma réac’. Car il est conçu à la base pour un public de gens simples, issus de classes laborieuses, qui vient là se divertir en famille. Quand j’ai vu RRR, j’ai été immédiatement frappé de voir partout autour de moi des groupes composés de trois générations. On le sait, la grande faute du cinéma occidental est d’avoir découpé son public en segments de plus en plus minuscules. Le cinéma indien, lui, s’adresse à tout le monde. Ce n’est pas tant une marque de conservatisme qu’une résistance à une évolution mortifère qui a entraîné le déclin du cinéma occidental, en tout cas qui lui a fait perdre sa pole position. »

Origines
« Ma première réaction après avoir encaissé le choc RRR, c’est de regarder tout ce qu’avait fait Rajamouli, comme chaque fois que je découvre un cinéaste qui m’emporte. À force d’entêtement, je suis parvenu à commander les DVDs de tous ses films en passant par un vidéoclub au Sri Lanka. Ils ont dû me prendre pour une espèce de cinglé, mais ils étaient très flattés en même temps que je les appelle de France en clamant mon admiration pour un de leurs cinéastes. Les films de Rajamouli composent une extraordinaire terra incognita : on y découvre des repères, des stéréotypes, des archétypes qui ne sont pas les nôtres et que nous sommes sommés d’embrasser avant même de les comprendre. Si on accepte d’être un peu largué au début, on entre de plain-pied dans un monde qui étonne à chaque seconde. Le cinéma de Rajamouli reste profondément ancré dans les traditions, la culture et l’iconographie indiennes. La première surprise, c’est qu’on y croise beaucoup d’images religieuses ou dévotes, ce que j’appellerais – d’une façon sans doute réductrice – le « surnaturel religieux », qu’on ne pratique plus en Occident depuis des décennies. Il se trouve que le premier film que j’ai regardé est à mon avis celui qui fonde véritablement le style Rajamouli : il s’agit de Simhadri, son deuxième long métrage, tourné avec N.T. Rama Rao Jr., le futur chasseur de tigre de RRR. Le film commence d’une manière abrupte : lors d’une bagarre avec un gang des rues, le héros bondit tout en haut d’une affiche qui représente une divinité brahmanique pour décrocher son arme géante – une espèce de roue dentée – avec laquelle il va pourfendre ses adversaires. On est de plain-pied face à un personnage dont les superpouvoirs lui viennent d’un dieu représenté sur un calicot ! En la regardant, on sait instantanément que c’est une scène imaginée et filmée par un éternel enfant ! Le petit Rajamouli a été nourri des histoires que lui racontait sa grand-mère, à savoir les anciens récits épiques fondateurs de l’hindouisme, dont le Mahabarata. Son imagination lui vient également de son père, scénariste de cinéma, qui lui donnait à lire des bandes dessinées illustrant les aventures des héros du folklore indien. Devant la caméra de Rajamouli, le monde moderne n’est rien de plus qu’un vague background qui ne vient jamais contredire l’affrontement immémorial entre des héros et des vilains.
Qu’il se déroule, de nos jours ou dans un contexte mythologique comme celui de Baahubali, le cinéma de Rajamouli a plus à voir avec le péplum italien qu’avec tout autre genre du cinéma populaire. C’est une dimension qui échappe probablement aux Occidentaux qui regardent RRR en y décelant d’abord une espèce de postcolonialisme déchaîné, une dénonciation incroyablement virulente de l’occupation anglaise… Mais les héros de Rajamouli sont bel et bien les héritiers directs de Maciste, Samson et Sandokan, d’un cinéma populaire destiné aux masses laborieuses où le héros, avec rien d’autre que ses muscles bandés, part affronter l’oppresseur avec un grand O. Ça peut être les Anglais dans RRR, les gangs qui infestent les rues de Hyperabad, la mafia locale acoquinée à des politiciens, que sais-je encore ?, mais tout reste fidèle à une vision manichéenne héritée des textes anciens. D’ailleurs, pendant notre rencontre, je faisais remarquer à Rajamouli que l’expression de la violence dans ses films est précédée ou accompagnée de rituels très anciens. C’est une dimension spécifique au cinéma populaire indien. À plus d’un titre, il nous rappelle bien sûr le cinéma de Hong Kong, mais en y ajoutant cette dimension religieuse qui n’existe nulle part ailleurs. Rajamouli le dit, impossible de séparer le religieux de la culture indienne. Ces rituels font partie de l’identité de son pays. Ça a l’air un peu dingue dit comme ça, mais les personnages de Rajamouli sont eux-mêmes le réceptacle de la foi de leurs concitoyens. Comme si la croyance conjuguée des gens convergeait et nourrissait leurs pouvoirs surnaturels. On le sent particulièrement dans Vikramurkudu et Chatrapathi, deux films qui nous racontent par le menu comment deux braves gars issus du petit peuple, vont pratiquement à leur insu devenir la réincarnation de héros mythiques aux yeux de leurs condisciples. De la même façon, dans Baahubali, le héros n’est pas Baahubali mais son sosie (en fait, son fils) surgi du passé pour reprendre le flambeau de son père et donner ainsi raison au peuple qui a toujours refusé de croire à sa mort. Enfin, le personnage du chasseur de tigre de RRR est l’héritier d’une sorte de charge séculaire qui consiste à défendre les tribus de la forêt dont il est la sentinelle attitrée. Une sorte de génie protecteur. Avec Rajamouli, on revient à quelque chose qui n’est pas tant naïf, mais révélateur du sens profond et très ancien du héros et de sa fonction. C’est probablement ce qui explique la fascination qu’exerce RRR sur les masses. Ils voient un film qui s’adresse d’abord à leur capacité émotionnelle de croire. »

Primitif
« Il y a plusieurs périodes dans la filmographie de Rajamouli. La première est la période telugu : un cinéma local donc, porté par des thèmes et des héros simples. Si on veut bien en accepter les aspects les plus primitifs, c’est un moment très intéressant dans l’appréciation de Rajamouli car celui-ci met tout à l’écran, ses convictions mais aussi ses carences. C’est ce qui a rendu ces films très attachants à mes yeux. On y voit l’œuvre se bâtir littéralement à partir de la charpente. Si Rajamouli rate une scène, il ne va pas la couper ou la réduire. Il la montre tout simplement en sachant qu’il la réussira la fois prochaine. Au début de Chatrapathi, par exemple, il y a un combat entre le héros et un grand requin blanc. La scène est incroyablement rudimentaire en termes d’effets spéciaux. C’est pourtant le même réalisateur qui, avec Eega puis Baahubali, va devenir l’un des grands experts des effets visuels en Inde. Pour cette raison, je recommande de voir ses premiers films dans l’ordre jusqu’à Magadheera. On voit comment s’organisent ses idées, ses thèmes, ses obsessions. Avant d’être un auteur à part entière, Rajamouli est un artisan besogneux dont le « coup de rabot » devient de plus en plus puissant. Après Magadheera, il y a une période de transition que j’aime beaucoup, même si elle ne comprend que deux films. Le premier, Maryada Ramanna, est un remake des Lois de l’hospitalité de Buster Keaton, un chef-d’œuvre du muet. C’est un film merveilleux, magnifiquement fignolé, et pourtant plein d’humilité, presque discret à la différence de ses films précédents, avec une vraie dimension intimiste. À mon avis, le film de la maturité. Il est immédiatement suivi par celui qui l’aura rendu célèbre auprès des geeks du monde entier, Eega, qu’on réduit un peu facilement à son côté curiosité délirante, mais qui vaut beaucoup mieux que ça. L’histoire d’un gentil garçon qui se réincarne en mouche pour se venger de l’homme qui l’a tué, mais aussi pour reconquérir le cœur de la femme qu’il aime. Passé l’effet de surprise de la première vision, on se met à le regarder d’une autre façon, plus émotionnelle, parce que c’est un vrai mélodrame masala au détail près que le protagoniste masculin est une mouche, pratiquement un moucheron. Ce qui ne cesse de me fasciner, c’est que Rajamouli aborde la question sans aucun second degré. Il s’amuse des situations, mais jamais aux dépens des personnages et de leurs sentiments réels. Si bien qu’à un moment, on n’a plus envie de rire. On est passé du côté de la mouche et son courage forcément pathétique nous broie le cœur . Si Spielberg lui-même ne tarit pas d’éloges sur Rajamouli, c’est parce qu’il a reconnu en lui un frère d’âme. Dans E.T., Spielberg filmait un machin en latex qui ne ressemblait à rien, mais dans lequel il avait investi tellement de lui-même que des générations entières de spectateurs en ont été illuminées. Eega est le E.T. de Rajamouli. C’est là où on mesure la puissance du cinéaste, sa capacité à nous attraper et à nous dire, « cette mouche, c’est vous ». Et vous allez pendant 2h10 vous identifier à quelqu’un de si insignifiant que n’importe qui pourrait l’écraser d’une pichenette. »

Réincarnation
« Eega est bien sûr nourri par la croyance en la métempsychose qui imbibe tout le cinéma indien. Beaucoup de films de Rajamouli traitent d’ailleurs de réincarnations. Dans Magadheera, on trouve cette idée que certaines destinées participent à un grand dessein divin. Un guerrier légendaire perd sa bien-aimée en chutant d’une montagne. 400 ans plus tard, il va la croiser dans un bus. Déjà, dans Yamadonga, le héros – un petit escroc joué encore une fois par N.T. Rama Rao Jr – allait et venait entre le monde réel et l’au-delà dès lors que son nom avait été inscrit frauduleusement dans le Livre des Morts. Les héros de Rajamouli abolissent l’espace-temps et vivent des destins à cheval entre des dimensions et des timelines différentes. À partir de Vikramarkudu, on va trouver dans tous les films de Rajamouli un décrochage du récit principal vers un flash-back qui peut durer 40 minutes voire une bonne heure. Dans RRR, on découvre ainsi le passé caché de l’anti-héros du film, un gendarme au service des colonisateurs qui se trouve être le fils du plus grand tireur d’élite indien, abattu par l’armée anglaise. Ce flash-back hisse soudain le film vers une dimension rageuse insoupçonnée. C’est encore le cas dans Baahubali, film dément de 6 heures, fracturé en son milieu par un retour en arrière qui rebat toutes les cartes lorsqu’on apprend l’identité de celui qui a poignardé dans le dos le grand héros du film… »

300
« Chacune des deux parties de Baahubali a nécessité 300 jours de tournage. De quoi donner le tournis ! Mais le résultat est bien à l’écran. Il y a des choses que je n’ai pas vues depuis les grands films muets de Cecil B. DeMille comme la première version des Dix commandements ou encore Le Roi des rois. La façon dont Rajamouli traite en grand jusqu’aux scènes les plus intimes est totalement folle. Le moindre recoin de ce royaume imaginaire est composé de salles gigantesques qui ont l’air d’avoir été construites pour des titans de 10 mètres de haut. En comparaison, Game of Thrones fait un peu placard à balai. Ce changement d’échelle nous ramène aux origines du cinéma, à une époque où le public levait les yeux pour regarder les films. Dans Baahubali 2, on est littéralement submergé par la dimension du film. La séquence de la statue géante en or pur qui bascule et se fracasse dans la foule est ce que j’ai vu de plus grandiose depuis… la chute de l’arbre sacré dans le premier Avatar. Chez Rajamouli comme chez Cameron, ces scènes sont tellement investies de démesure tragique qu’elles nous clouent au fauteuil avec un sentiment de terreur sacrée. Il y a bien quelque chose de « biblique » chez Rajamouli ! »

Hérédité
« Rajamouli est convaincu qu’il faut s’adresser au public en lui donnant plus que ce qu’il attend. Beaucoup plus. Cette générosité vient peut-être du fait qu’il a vu les films de son père ne pas être appréciés. Il a raconté que, petit garçon, il a été frappé par l’échec de son père et de son oncle : tous deux avaient décidé de se lancer dans le cinéma en y investissant toutes leurs économies. Et ça n’a pas marché. Son père, Vijayendra Prasad, ne connaîtra le succès qu’en tant que scénariste de son fils. Ce qui est assez beau finalement parce que les histoires du cinéma indien sont nécessairement des histoires de famille. Là-bas tout le monde descend de quelqu’un. En France, on parlerait tout de suite de népotisme, mais dans le cinéma indien, c’est un fait qu’il existe des grandes familles de cinéma, et qu’à travers elles, se perpétue une part de traditions. Prenons Raj Kapoor, l’acteur-cinéaste dont le film Awaara (Le Vagabond) demeure mon classique indien préféré… Raj Kapoor a engendré plusieurs générations de producteurs et d’acteurs. Parmi ses petits-enfants, on compte notamment Kareena et Ranbir Kapoor, deux grandes stars de l’écran. Mais la démonstration serait incomplète si on ne précisait pas que Raj était lui-même le fils d’un immense acteur-réalisateur qui travailla jusqu’à son dernier souffle en 72. Chez Rajamouli aussi, il y a cette conscience d’être le fils de quelqu’un. On le sent constamment dans les thèmes qu’il travaille. Cette façon, très sincère et spontanée, de faire un cinéma qui a quelque chose à transmettre…»

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