« Widow’s Bay » de Katie Dippold sur Apple TV+ : un mélange très réussi d’épouvante à l’ancienne et d’humour irrésistible

Bien évidemment qu’on adore voir une super série nous tomber sur le museau alors qu’on n’attendait rien, mais rien, bloqué durant le mois de mai à se farcir la troisième saison éclatée d’Euphoria. Arrivée sur Apple TV+ comme un chuchotement, Widow’s Bay a vu son succès se construire tout simplement par le bouche-à-oreille : qu’en pouvait-il être autrement pour une série qui ne ressemble finalement à aucune autre ?

C’est Katie Dippold, l’une des productrices et scénaristes de Parks and Recreation, qui a pris les rênes de ce show où la dose d’épouvante et de comédie se trouve à parts égales. Tout se joue sur une île imaginaire au large de la Nouvelle-Angleterre, Widow’s Bay, nom déjà fort annonciateur des malheurs à venir. Ambiance Castle Rock (une des petites villes imaginaires de Stephen King, qui avait déjà eu droit à sa série), mi-cosy, mi-creepy, avec une menace étrange et invisible qui semble lentement gagner les environs : un brouillard malfaisant choppant un marin de circonstance évoque d’ailleurs The Fog de John Carpenter dès le tout premier épisode, jusqu’à la découverte d’écrits funestes par le prêtre du coin. Dippold connaît bien ses classiques…

La série s’engage alors dans le point de vue de Tom, jeune maire de la ville qui ne s’entend pour ainsi dire avec personne. Gauche et veule, veuf et père d’un ado qui rêverait d’une autre vie, il ne trouve satisfaction que dans sa mission acharnée consistant à transformer l’îlot en piège à touristes. C’est dire si cette histoire de malédiction, que les environs se traînent depuis des siècles et qui suggère qu’aucun natif de l’île ne peut en partir, arrange ses affaires. Mais quelques phénomènes paranormaux risquent de lui faire changer d’avis…

L’humour irrésistible de Widow’s Bay ne vient jamais gâcher son sens de l’atmosphère, qui est assez divin si l’on est sensible au mood « ville portuaire maudite », et chaque épisode ne cesse d’étoffer le lore de ce patelin qui ne peut compter que sur sa malchance, que ce soit les tragédies rapportées de manière inopinée au détour d’une phrase ou les apparitions malfaisantes (clown tueur, sorcière humide, mort-vivant…). Si Hiro Murai, clippeur de talent à qui l’on devait notamment le clip This Is America de Childish Gambino ainsi que plusieurs épisodes d’Atlanta, emballe chaque épisode avec beaucoup d’élégance, on peut aussi voir Ti West s’occuper d’un épisode flash-back où une pièce rapportée découvre avec horreur une ville naissante plus proche de la fosse commune. Et là encore avec un timing comique qu’on n’attendait pas au tournant.

Matthew Rhys, découvert dans The Americans, mène la barque (ivre) avec un aplomb absolu en maire froussard (incroyable scène de trip rythmée par d’hilarants jump cuts), mais difficile surtout de ne pas applaudir les deux épisodes consacrés au personnage de Kate O’Flynn, excellente actrice britannique enfilant les cardigans de l’adjointe au maire, vieille fille rejetée de tous mais jamais découragée. Avec en outre la célébration d’une fête prenant un tour inattendu, où l’utilisation géniale de Rhythm of the Night réussit à nous distraire du diable caché dans les détails, et une course-poursuite avec un boogeyman local renvoyant au tapis la nouvelle trilogie Halloween en une quarantaine de minutes (ne sous-estimez jamais le pouvoir de Caribbean Blue, d’ailleurs).

Une fin parfaite et des révélations en cascade garantissent une saison 2 déjà confirmée, que l’on attendra avec plaisir. Derrière les rires, Widow’s Bay capte quelque chose dans l’air du temps, sans le hurler, de manière beaucoup moins bourrine qu’une série comme, à tout hasard, American Horror Story : une terre née dans l’effroi et des habitants qui tentent de se soustraire à un passé aussi lourd qu’un boulet à la cheville. En somme : tout le poids du monde d’avant qui ne cesse de nous rattraper…

Depuis 2026 | 30 min | Comédie, Epouvante-horreur
Créée par Katie Dippold
Avec Matthew Rhys, Kate O’Flynn, Kevin Carroll
Nationalité U.S.A.

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