EXCLU CHAOS – « PonyGirls666 », sixième épisode de la série-monstre de Enguerrand Jouvin diffusé sur le site fin juin

PonyGirls666, le sixième épisode de la série Pony Girls réalisée par Enguerrand Jouvin, dont nous vous parlions il y a quelques mois, sera présenté en trois parties à partir du 26 juin en exclusivité sur notre site à 23h59 précises – la version intégrale de cet épisode durant 3 heures. La première partie (comprendre la première heure) sera diffusée le 26 juin à 23h59 ; la seconde partie le 3 juillet à 23h59 ; la troisième partie le 11 juillet à 23h59. Proscrit aux mineurs, fortement recommandé aux amoureux du Chaos. Pour en savoir plus sur ce mystérieux projet (que nous avons vu, dévoré et adoré), rencontre avec son auteur, Enguerrand Jouvin.

Comment présenter PonyGirls666 ?
Enguerrand Jouvin : Il faut être très clair dès le début et le plus compréhensible possible, car cela peut vite prêter à confusion. PonyGirls666 est le sixième épisode d’une série de sept films nommée Pony Girls. Il est encore trop tôt pour parler de cette série dans son ensemble, puisque le dernier épisode (le septième) est toujours en post-production. Concentrons-nous donc sur le 666. Vous allez vous dire : pourquoi présenter le sixième épisode sans avoir vu ceux qui le précèdent ? En réalité, c’est là tout le concept de Pony Girls. Les épisodes sont baptisés de 1 à 7, mais ils peuvent se regarder dans le désordre. Ou plutôt dans l’ordre que chacun choisit pour lui-même. C’est un gigantesque exercice de style, une symphonie ludique. Chaque épisode est tourné selon une direction artistique différente : ce n’est jamais la même mise en scène, la même caméra, ni le même travail autour du jeu d’acteur. Mais il y a bien sûr une narration, un casting principal présent du début à la fin, et différentes pistes de lecture à suivre… Il y a un groupe de six copines. Elles sont parisiennes, malheureuses, vivent isolées dans leurs têtes, nourries de fantasmes et de projections. Chaque épisode est le portrait de l’une d’entre elles. C’est aussi une satire de la génération née à la fin des années 1990 : les derniers témoins d’un monde avant les réseaux sociaux, des enfants nostalgiques d’époques qu’ils n’ont pourtant jamais connues. Si nous démarrons avec le 666, c’est parce qu’il s’agit d’un épisode un peu à part, et son titre en donne déjà le ton. Il est à l’image d’une création libre : un épisode tourné sans argent, avec une toute petite équipe et un casting composé en majorité de non-professionnels. Il y a un travail sur le « mauvais jeu » ; j’adore ça. C’est une sorte de téléfilm sous acide. Ou plutôt un film sur Les Sims.

Un petit mot sur Béatrice Dalle, Arielle Dombasle et Afida Turner qui figurent au casting de la série Pony Girls ?
Ce sont trois femmes très singulières et très impressionnantes. Je suis très heureux d’avoir travaillé avec elles dans la dimension Pony Girls, mais il est encore bien tôt pour en parler. Le plus important pour moi est surtout de pouvoir, à ma petite hauteur d’inconnu, présenter de jeunes actrices et acteurs que je trouve personnellement très impressionnants et ultra talentueux. J’espère qu’iels seront les nouvelles figures montantes de demain. Le cinéma français a besoin d’un nouveau souffle et de laisser davantage de place à une nouvelle génération d’acteurs. Je citerai donc les six actrices principales de Pony Girls, qui livrent des performances tragiques et magnifiques : Léo Chalié, Margaux Palyska, Lila Guiraud, Lara Mistretta, Farah Martinent et Sarah Lignon.

Peux-tu nous parler un peu plus de l’esthétique de cet épisode 6 ?
C’est mon deuxième travail sur bandes. Avec mon chef opérateur, nous avions déjà travaillé en MiniDV pour l’épisode 4, avec un résultat finalement assez proche du numérique. Pour l’épisode 666, je me souviens qu’au départ je souhaitais travailler en VHS. Cette qualité un peu crade et nostalgique des films familiaux d’enfance m’inspirait beaucoup. Nous avons cherché, fouillé, et la direction que nous prenions s’éloignait finalement du crade pour aller vers un kitsch plus assumé. Puis nous sommes partis sur cette Betacam que mon chef op m’a présentée. Ce qui m’embêtait un peu, c’était de repartir sur un format proche du 4:3. Cela ne me paraissait pas justifié pour cet épisode. Mais j’ai finalement travaillé en conséquence pour réadapter la mise en scène, et la composition a été très intéressante à concevoir. Tout a été tourné en studio.

Comment se passe le travail avec les comédiens ?
Je peux chercher une précision extrême comme laisser une grande liberté de proposition aux acteurs. En général, je donne quelques clefs de départ, parfois assez floues. J’aime ensuite voir comment l’acteur va digérer l’information et l’interpréter. Puis, à partir de cette proposition, je réinterviens pour sculpter, et au fur et à mesure, le bon chemin se présente. Une fois qu’on est convaincu du choix de quelqu’un pour un rôle, cela peut paraître ridicule comme image, mais je vois un acteur comme un drapeau qui flotte dans une petite brise paisible. Mon travail consiste seulement à souffler dans une certaine direction pour que le drapeau se déploie. Pour tout ce qui concerne le jeu « artificiel » et « faux », c’est tout un travail, il ne faut pas croire. Il existe un certain degré de faux, presque télévisuel, qui me plaît beaucoup. Il peut y avoir une chorégraphie et une mélodie de la réplique que je cherche à retranscrire précisément. C’est un travail beaucoup plus artificiel et, je crois, plus inconfortable pour un acteur. Je les invite à m’imiter, à exécuter une partition à la lettre. Cela vient peut-être de ma passion pour certains travaux de doublage, qui sont absolument musicaux.

 

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Tu peux nous parler un peu du casting ?
Pour cet épisode, j’ai retrouvé une partie du casting principal (Axel Bertone, Farah Martinent et Nora Hilton) mais c’est surtout l’épisode « portrait » du personnage d’Isabelle, dans lequel Sarah Lignon livre une véritable performance. Je me suis également, comme toujours, entouré de personnes rencontrées dans ma vie. J’aime faire tourner mon entourage : des amis, des collègues, des connaissances, une voisine… Des gens que j’aime. Ce sont des personnages de ma vie, et j’aime utiliser ce que je trouve de singulier en eux. Avec des non-comédiens, des résultats uniques sont au rendez-vous. Très souvent, quand je rencontre une personnalité singulière, je me dis : « Tiens, je la verrais bien dans tel personnage. » Et si cette idée se concrétise dans mon esprit, je finis par lui en parler. C’est ce qui s’est passé avec Mihajlo, par exemple, qui joue Paul/Paulo. Nous nous sommes rencontrés pendant un festival de cinéma où nous travaillions : je vendais des boissons pendant qu’il scannait les accréditations. Je trouvais qu’il avait l’air de sortir d’un film de Larry Clark.

Lars von Trier et Barry Doupé sont des influences revendiquées…
Lars von Trier est pour moi le plus grand réalisateur du monde. C’est mon grand maître. Il est surtout très présent dans les épisodes travaillés avec Léo Chalié, qui joue Lily, le personnage central de Pony Girls. Barry Doupé, il faut le citer avec un avertissement : Distracted Blueberry a été pour moi une expérience de cinéma folle et absolument douloureuse. Une sorte de torture. Je trouve ce film dingue, certes, mais il peut être éprouvant. Il ne faut pas le mettre devant n’importe quel regard. Attention donc aux personnes qui pourraient être intéressées par l’expérience… Ce film arrive à vous plonger dans un état d’hypnose et vous envoie les pires horreurs dans la tête. Pour cet épisode, il y a surtout Gregg Araki et Kenneth Anger dans l’idée. Mais cette fois-ci, il s’agissait surtout de références littéraires : c’est la période où je suis tombé dans l’œuvre de Thomas Bernhard, et j’aime son développement dans le développement, dans le développement… Après, il y a bizarrement un film qui m’a accompagné du début à la fin des sept années de création de Pony Girls : Paranoid Park de Gus Van Sant.

Tout est chaos ?
Absolument, oui. Malheureusement, c’est chouette, le chaos au cinéma, mais en dehors, il est impossible de s’en réjouir. Ça me fait penser à cette phrase de Cioran : « La seule attitude pertinente serait le silence ou un cri de désespoir. »

PonyGirls666
Avec Sarah Lignon, Axel Bertone, Farah Martinent, Mihajlo Ljubisavljevic, Blanche Vollais, Josh Grégory, Manon Quérel, Ante Gillard, Séraphin Montchauvet, Stéphanie Lecoufle…
Assistante à la réalisation : Marion Chiappe
Chef opérateur : Luca Mailhol
Assistante caméra : Yuntian Guan
Lumières : Maeldan Eudo & Claire Challet
Assistante à la décoration et aux accessoires : Pénélope Matigot
Régie : Sandra Barbut

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