« Le Vertige » de Quentin Dupieux à Cannes : sous couvert d’originalité, du court métrage étiré en longue blague

À peine sortis de son Full Phil, énième film-anecdote « sympa sans plus » d’un Quentin Dupieux toujours aussi fécond, voilà que l’on retourne voir son Vertige, clôture de la Quinzaine des cinéastes, avec l’espoir d’y retrouver l’ambition retorse, mais estompée, du cinéaste. Si le point de départ narratif y est toujours aussi succinct (Jacques vient expliquer à son ami Bruno que l’humanité tout entière est en réalité une simulation), c’est bien du côté esthétique que la proposition intriguait, avec ses personnages animés polygonaux.

Si c’est là le principal attrait du film, et donc son argument promotionnel, il faut bien reconnaître la capacité du dispositif à amuser par lui-même. S’ouvre alors le champ des possibles d’une bêtise affranchie du réel, où les bébés peuvent, entre autres, être mis au monde dans la plus grande détente, au fil d’une conversation, mais surtout où l’absurde peut s’étirer dans un détachement franchement amusant. Le jeu est détaché, Quentin Dupieux convoquant Alain Chabat et Jonathan Cohen pour ce qu’ils représentent avant tout dans l’imaginaire collectif : des voix au ton et au phrasé immédiatement identifiables. Cela lui permet de revenir à un cadre presque théâtral, parfois proche de la fiction audio, tant il ne s’agit souvent que de voix. L’image, elle, se résume à une écrasante majorité de champs/contre-champs minimalistes et programmatiques, débarrassant Dupieux de certaines de ses frasques parfois agaçantes. Dupieux les remplace ici par une direction artistique oscillant entre vidéo ASMR et visages écrasés façon Max Payne (ou n’importe quel jeu de cette ère PS2) dans une bizarrerie sans doute plus proche des bases de son cinéma.

Le boulevard de l’absurde lui est alors totalement ouvert, dans une progression moins tenue narrativement, avançant davantage de blague en blague. À force, le comique finit cependant par se tasser, jusqu’à déboucher sur une platitude assez ennuyeuse, qui n’engage plus grand-chose malgré la courte durée du film (à peine 1h07). C’est là le revers de la médaille d’un auteur devenu plus sage, plus mesuré : nous sommes davantage face à un court-métrage étiré qu’à un long pleinement tenu, laissant le goût d’une blague un peu trop longue pour le coup…

Le vertige promis par le titre n’est alors que très relativement ressenti, le cinéaste virant, comme souvent depuis plusieurs films, vers une anxiété généralisée : celle d’un monde qui nous échappe, où règne un non-sens face auquel chacun choisit sa voie, des théories du complot au développement personnel, en passant par le néant des réseaux sociaux. C’est un monde où plus rien ne semble faire sens, où l’on voudrait, foutu pour foutu, tout envoyer balader, si tant est que le mouvement ne soit pas déjà amorcé. Les rapports humains ici mis en jeu sont violents, fruits d’individualismes cherchant à survivre, quitte à instrumentaliser les angoisses des autres pour espérer surnager. De là à voir dans le film un commentaire véritablement vertigineux, il y a un pas que Dupieux ne franchit jamais vraiment, laissant son geste plus proche d’une gentille blague vite oubliée.

10 juin 2026 en salle | 1h 07min | Animation, Comédie
De Quentin Dupieux | Par Quentin Dupieux
Avec Alain Chabat, Jonathan Cohen, Anaïs Demoustier

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