« La Gradiva » de Marine Atlan à Cannes 2026 : avec « Du fioul dans les artères », une autre bonne surprise du jeune cinéma français à la Semaine

Directrice photo aux travaux aussi éclectiques que Les Reines du Drame, Jessica Forever, ou le récemment nommé aux César L’Engloutie, Marine Atlan s’aventure pour la première fois du côté de la mise en scène pour suivre le voyage scolaire napolitain d’un petit groupe de lycéens rapidement tiraillés entre désirs et colère, jusqu’au vertige. Talentueuse cheffe opératrice oblige, il ne sera ici pas étonnant de se prendre de fascination pour les images somptueusement granuleuses du long-métrage, posant sur un cadre italien déjà sublime un regard qui l’est tout autant, qui exalte la couleur de chaque lieu autant qu’il fait rougir les peaux rosées de ces adolescents en plein soleil. On ne compte rapidement plus la quantité de plans époustouflants qui s’accumulent sous nos yeux, sans pour autant jamais s’annoncer ni se faire poseurs, tant leur beauté s’encapsule dans une mise en scène rarement complexe, en une série de vignettes sensibles. Les grands espaces italiens s’étendent, tandis que les corps et les visages s’étriquent, se voient forcés ou de se coller les uns aux autres, ou de s’isoler, l’intimité la plus primitive qui soit s’épanchant en chaque plan.

Avant même de croquer ses personnages, Marine Atlan s’attarde donc à en capter des instants, des fragments adolescents précieux tant l’intimité profonde à laquelle ils confrontent semble le résultat d’un accès privilégié. C’est lorsqu’elle s’aventure aux frontières du fantastique, ou du moins du mystique, que la tendresse de la cinéaste atteint son sommet, instaurant un fascinant cycle jour/nuit. À la lumière du soleil ou des lumières d’une soirée, tout est représentation, envie de se fondre dans la masse. Dans la nuit, tout est solitude, errance propice à la poésie des cauchemars et des fantasmes. Dans l’un comme dans l’autre, c’est bien la solitude qui règne, celle qui nimbe, secrètement ou non, la vie de ces adolescents. La tristesse se fait alors lieu de tendresse, celle de sembler entrer en communion entière avec ces personnages, dans un flux narratif ô combien instinctif. La capacité de Marine Atlan à diriger des comédien·ne·s dont on ne sait jamais pleinement quelle part revient à l’improvisation subjugue alors, ajoutant encore au retour en adolescence. On semble reconnaître ça et là, particulièrement dans une séquence de cours, un archétype proche d’un ancien camarade, ou l’énergie touchante d’un instant sincèrement drôle.

On s’attarde peut-être légèrement trop dans cette veine comique en première partie de film, mais cela n’est qu’un détail au sein de la plongée à laquelle convie La Gradiva par le biais de ses personnages-vaisseaux, saisis sur le vif pour y laisser voir tout un chacun. On se plaira, souvent l’air triste, à replonger dans cet âge trouble, où règne, sous la façade de la légèreté, une gravité permanente, faite de désirs brûlants et brisés, de cacophonies et de silences. On pense à cette sublime séquence déambulatoire dans un musée, où les lents panoramiques suspendent un instant de pure introspection : celle d’un soi minuscule face aux statues antiques immenses. Elles aussi sont seules, muettes, surfaces propices aux projections, sans jamais pouvoir en voir le cœur, sans doute meurtri. À l’âge où tout est question de devenir, la mélancolie nappe tout, fige corps et statues.

4 novembre 2026 en salle | 2h 25min | Comédie, Drame
De Marine Atlan | Par Marine Atlan, Anne Brouillet
Avec Antonia Buresi, Julie Sokolowski, Colas Quignard

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