« Hope » de Na Hong-jin à Cannes 2026 : le meilleur film de monstres depuis « The Host »

À film-événement, critique-événement. Non pas un, non pas deux, mais trois avis à chaud sur Hope, le nouveau long-métrage de Na Hong-jin, marquant le retour du réalisateur de l’immense The Strangers après dix ans d’absence. Un film aussi mystérieux qu’ambitieux qui raconte une mystérieuse découverte faite aux abords de la ville portuaire de Hopo Port et qui suit des habitants qui luttent pour leur survie…

AVIS 1
Le retour de Na Hong-jin était forcément attendu au tournant après les immenses réussites que furent The Chaser, The Murderer ou encore The Strangers, qui a définitivement consacré son aura internationale. Avec Hope, le cinéaste semble pourtant prendre un malin plaisir à déjouer les attentes dans la première partie en retardant presque comiquement l’apparition de sa créature, épousant avant tout le point de vue du lieutenant de police de cette communauté rurale livrée à elle-même.

Pendant une bonne moitié du film, l’œuvre prend ainsi des allures de survival rural, parfois même de western contemporain, cette partie étant sans doute la plus jouissive du film, n’offrant que très peu de respirations. Comme souvent chez Na Hong-jin, la mise en scène impressionne par son sens du mouvement et de l’espace. La réalisation, toujours virtuose, transforme chaque déplacement en montée de tension permanente et chaque confrontation en chaos parfaitement orchestré. Certaines scènes d’action flirtent d’ailleurs avec le slapstick burlesque, voire le cartoon pur, dans cette manière très coréenne de désamorcer ponctuellement la violence sans jamais la rendre inoffensive. Ce mélange de tonalités participe à l’identité profondément singulière du film, sans quoi il pourrait ressembler à un blockbuster lambda ne justifiant que très peu sa présence cannoise.

Tout n’est cependant pas irréprochable. Les créatures souffrent parfois d’incrustations numériques assez moyennes, avec un vrai problème de fluidité dans l’animation qui contraste avec la dimension très organique du reste du métrage. Là où l’on aurait aimé davantage de matière physique à l’image, Hope privilégie régulièrement la surenchère numérique, parfois au détriment de l’impact visuel. Pourtant, et malgré quelques longueurs sur 2h40, le film retrouve ce qui faisait déjà la force de The Host de son compatriote Bong Joon Ho : après la famille dysfonctionnelle, c’est ici toute une communauté tout aussi dysfonctionnelle qui devient le véritable cœur émotionnel du récit. Plus qu’un simple film de monstre, Hope s’impose alors comme une œuvre sur le collectif, sur des individus incapables de fonctionner ensemble, mais condamnés à survivre côte à côte. A.C.

AVIS 2
Na Hong-jin a disparu dix ans. Dix ans depuis The Strangers, un des films les plus possédés du cinéma asiatique des années 2010. Pendant que tout le monde l’attendait au tournant pour confirmer son statut de nouveau Park Chan-wook ou de nouveau Bong Joon Ho, Na Hong-jin préparait apparemment un Predator sud-coréen. Hope, présenté en compétition officielle, mêle sélection festivalière prestigieuse et cinéma de monstres décomplexé, ce qui n’est sans écho avec The Host de Bong Joon Ho en 2006. Le pitch aurait pu tenir dans un mail : des événements bizarres se produisent dans la bourgade rurale de Hope Harbor, le taureau du village est retrouvé dépecé, et toute la communauté part en chasse contre quelque chose qu’elle ne voit pas. Quarante-cinq minutes de pur suspense, le réalisateur sait parfaitement qu’on attend une créature, et il la fait désirer avec la patience de circonstance. Puis le voile tombe : le monstre géant apparaît et Hwang Jung-min, toujours juste, lance une gigantesque traque rurale qui occupera la suite du film.

Ce qui sauve Hope du simple film de monstre, et qui le hisse au-dessus des récents Predator hollywoodiens, c’est l’idée de classe. Les extraterrestres ne sont pas une masse indistincte de bestioles à abattre, mais une société hiérarchisée avec sa famille royale qui descend sur Terre avec la civilité froide d’aristocrates européens débarquant aux colonies. Les Coréens, eux, jouent les autochtones qui chassent sans se poser de questions. Le retournement est limpide : ce sont les humains qui sont sauvages, et la métaphore du chez soi est posée sur la table sans qu’on cherche à l’enrober. Hope, film politique, de fait, déguisé en film de monstre, ou peut-être l’inverse, ou peut-être les deux à la fois, ce qui est encore mieux.

La photographie (Hong Kyung-pyo) sait alterner brume rurale étouffante et géométries d’autoroute déserte, et la séquence de poursuite à mi-parcours, voiture, cheval, monstre en sprint, restera un des grands moments du cinéma de 2026. Pour un dixième du budget d’un blockbuster Disney, on obtient un résultat qui leur ferait honte. Reste le défaut typique du cinéma de ces dernières années : deux heures quarante, c’est long, même quand chaque minute justifie sa présence. Quelques redondances en milieu de parcours, des personnages secondaires trop esquissés, et une suite manifestement préparée d’un peu trop loin. Mais quand un cinéaste de cette pointure revient après une décennie de silence pour offrir le meilleur film de monstres depuis The Host, on lui pardonne. Et on attend la suite. J.D.

AVIS 3
En ouvrant son film par quelques plans drôles a priori quelconques, Na Hong-jin énonce d’emblée ce qui constituera son film, comme le reste de sa filmographie : le mouvement. Du travelling le plus léger au déplacement le plus acrobatique, tout est mouvement, énergie : un spectacle d’une rare virtuosité, capable de conjuguer nervosité et clarté comme peu de cinéastes l’ont fait depuis George Miller. Hope répond alors à la question : que donnerait une série B dégénérée dans les mains d’un petit génie de la mise en scène ? Affranchi des barrières d’un quelconque réalisme, Na Hong-jin décomplexe tous ses effets et plonge dans le slapstick comme dans l’horreur la plus viscérale qui soit, offrant une première heure d’une imprévisibilité et d’une maîtrise sidérantes. Tout peut devenir danger, d’une plaque d’égout au plus proche allié, donnant rapidement l’impression d’assister, au-delà de la panique totale, à une séquence cinématique de jeu vidéo, un spectacle de parc d’attraction où la suspension d’incrédulité rend chaque événement pourtant millimétré source d’une jouissance régressive. Si les créatures antagonistes souffrent certes d’effets numériques parfois grossiers, que l’on imagine peaufinés avant une sortie en salle, leur intérêt majeur réside ailleurs : leur manière de se mouvoir nourrit une frénésie terrifiante, donnant l’impression de créatures dont la physicalité, les mouvements, échappent à la réalité humaine.

C’est pourtant bien elle qui est au centre de tout, Hope convoquant l’imaginaire du western américain, aussi bien par ses espaces ruraux presque fantomatiques que par la musique qui les introduit, série de pizzicati annonçant un calme avant la tempête. C’est alors en le projetant vers l’énergie cacophonique d’un pur film de guerre que le chaos émerge, conduisant jusqu’aux décombres d’une ville qui, en l’espace de quelques minutes, devient un théâtre post-apocalyptique total. Une cacophonie de balles engloutit tout et plonge chacun dans une panique absolue, mêlant âges, genres et appartenances dans l’effondrement d’une civilisation entière, dessinant un spectacle d’action potentiellement infini, puisque la destruction a toujours été là, tapie, et le sera toujours. Nul besoin ici de personnages davantage développés tant il s’agit de regarder le collectif se débattre, celui-là même qui, avant même le point de rupture fantastique, semblait déjà fracturé.

Si l’on ne divulguera rien de la menace qui plane sur les personnages, encore gardée secrète par la promotion du film, il apparaîtra rapidement évident qu’elle tient moins de l’entité étrangère que du miroir tendu à l’humanité. Se rejoue à nos yeux, sans jamais se rendre théorique, l’histoire d’un colonialisme et d’un regard de l’autre qui n’a jamais apporté bien plus que la destruction, et qui mène ici à l’extinction proche, celle d’une espèce incapable de composer collectivement. Tous se tirent dessus sans regarder qui est en face, agissent égoïstement, changeant ce qui apparaît comme un puissant survival horrifique en véritable film de guerre, sans doute le dernier de l’humanité. Dans la pléthore de références convoquées, c’est peut-être celle de Signes, de M. Night Shyamalan, qui est la plus équivoque : il faut apprendre à regarder autrement, communiquer, sans quoi l’humanité n’aura sans doute pas besoin d’une menace alien pour s’engloutir elle-même. L.R.

2h 40min | Action, Science Fiction, Thriller
De Na Hong-jin | Par Na Hong-jin
Avec Jung-Min Hwang, In-sung Zo, Jung Ho-Yeon
Titre original Hopeu

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