En 2016, Yeon Sang-ho prenait tout le monde de court avec Dernier Train pour Busan, film de zombies coréen avec un budget moyen, une mise en scène d’une précision chirurgicale et une émotion qui nous fracassait sans prévenir. Le wagon-restaurant comme arène, le père-cadre absent qui se rachète, le SDF qui meurt en héros : tout fonctionnait. Train to Busan devenait illico une référence du genre, l’objet contre lequel toute production zombie postérieure allait devoir se mesurer. Y compris, hélas, celles de Yeon Sang-ho lui-même. Peninsula, suite confuse et chargée en CGI, avait déjà sonné l’alerte.
Colony confirme la trajectoire : le réalisateur sait toujours mettre en scène une horde de morts-vivants avec une énergie qu’on ne refuse pas, mais il ne sait plus s’arrêter. Le pitch tient pourtant dans une pochette d’allumettes : une professeure de biologie coincée dans un gigantesque centre commercial où une arme biologique transforme les visiteurs en zombies d’un nouveau type, qui communiquent entre eux comme des fourmis. Zombie de Romero plus Phase IV de Saul Bass, version Séoul 2026. Ça devrait être tout. Ça ne l’est pas.
Yeon Sang-ho décide d’empiler sur cette base pourtant solide une enquête parallèle à l’extérieur du bâtiment qui ne révèle rien qu’on n’avait pas deviné dès la première séquence, un méchant humain doté de pouvoirs télépathiques sur les zombies et des primates en images de synthèse aux mouvements suspendus dans le vide qui rappellent surtout que la post-production coréenne a ses limites de budget. Le film qui aurait dû être un huis clos sec et nerveux finit gonflé comme une dinde de Noël qu’on aurait oubliée au four. Romero, qui filmait ses zombies dans des centres commerciaux comme allégorie de la consommation, doit se retourner doucement dans sa tombe pour voir qu’on a fini par traiter ses idées comme des bonus DVD.
Ce qui reste, c’est l’énergie pure des scènes de fuite, les corps brisés des zombies qui se contorsionnent au sol avant d’apprendre à se redresser. Le film fonctionne par à-coups, par séquences isolées qui rappellent ce dont Yeon Sang-ho est capable quand il fait confiance à la simplicité. Mais entre deux fulgurances, on se cogne de la sociologie de comptoir sur la fourmi comme modèle social et des dialogues qui surexpliquent ce que le montage avait déjà dit, avec plus ou moins de finesse. C’est exactement le genre de film qui méritait soixante minutes de moins et un producteur tyrannique pour les imposer. Ennui poli.
27 mai 2026 en salle | 2h 02min | Epouvante-horreurDe Sang-Ho Yeon | Par Sang-Ho Yeon, Gyu Seok Choi Avec Gianna Jun, Kyo-hwan Koo, Ji Chang-Wook Titre original Gunche |
27 mai 2026 en salle | 2h 02min | Epouvante-horreur


