Troisième et dernier cinéaste japonais à entrer dans la compétition de cette 79ᵉ édition du Festival de Cannes, Hirokazu Kore-eda se place sans doute comme le plus familier de la Croisette, qui l’avait vu, en 2018, couronné d’une Palme d’Or pour son Affaire de famille. Justement… En parlant d’affaire de famille, il en est à nouveau question ici, puisque le metteur en scène approche le couple d’Otono et Kensuke, accueillant un jeune robot humanoïde pour remplacer Kakeru, leur enfant décédé.
Si ce pitch évoque d’abord un épisode de Black Mirror, laissant rapidement imaginer quantité de questionnements philosophiques et craindre de pistes vaseuses autour de l’I.A., il n’en est finalement rien tant Kore-eda raccroche rapidement les wagons de récits et de thèmes qu’il connaît que trop bien. L’androïde n’est ici qu’un prétexte pour évoquer une aventure parentale toujours plus trouble, qui explore, toujours au travers de relations très douces-amères, la difficulté qu’est l’éducation d’un enfant, être malléable et fragile.
Comment alors éviter d’en faire un petit clone de soi, de n’y projeter que ses propres névroses et deuils ? C’est la question qu’explore le long-métrage, refusant toutefois d’en livrer une étude profonde, préférant chercher la beauté qu’il y a dans le temps que met l’amour à naître, les rôles genrés à se dénouer, et la famille à devenir plus choisie qu’imposée. Le discours se rend certes souvent évident, mais d’autant plus touchant dans ses élans plus terre à terre, n’hésitant pas à voir dans le jeune Kakeru tout un éventail d’enfants dits « différents », ouvrant grand la porte à l’identification.
Le tout prend alors racine au creux d’un monde esthétiquement épuré, entre maison façon produit Apple et nature boisée apaisante. C’est là une architecture que Kore-eda semble prendre plaisir à explorer au travers de cadres toujours posés, cherchant la limpidité de compositions géométriques presque enfantines, douces, propices à l’apaisement qu’impose le film. Difficile de masquer la facilité de certains élans esthétiques peinant à dévisser la longue focale qui aplatit quantité de champs/contre-champs assez simples, mais c’est là oublier le flux enchanteur et poétique que diffuse l’attention du metteur en scène au détail, mais surtout à la délicatesse des gestes. Ne reste alors qu’une fluette bande sonore, faite de cordes et de voix discrètes, pour achever d’emporter cette tendre parenthèse.
Il faut alors, pour s’y laisser couler, admettre la simplicité symbolique du geste : les événements, véritables petits instants, s’enchaînent, lancés sur les rails d’un mélodrame que l’on connaît certes déjà chez Kore-eda, sans jamais vraiment chercher à en déborder, mais qu’on ne peut refuser tant il est confortable. En ressort un personnage de mère particulièrement touchant en ce que son calme, sa retenue, caractérisent le geste dans son entièreté : c’est de l’imperfection et du mièvre que les bourgeons les plus sincères émergent. Elle qui, architecte, bâtit le cadre de vie des autres, façonne enfin le sien, pièce par pièce, séquence par séquence. Les enjeux sont aussi évidents que les symboles récurrents, propices à construire le dessin d’une parentalité condensée, mais la finalité, celle d’une séquence forestière aux frontières du conte, dans l’harmonie d’une famille choisie, en vaut la chandelle.
| 16 décembre 2026 en salle | 2h 07min | Drame De Hirokazu Kore-eda | Par Hirokazu Kore-eda Avec Haruka Ayase, Daigo Yamamoto, Rimu Kuwaki Titre original Hako no Naka no Hitsuji |



