On notera une grosse tendance du festival pour cette 79ᵉ édition : le film « pas-mal-mais-qui-casse-pas-trois-pattes-à-un-canard », dont on se demande bien comment il va pouvoir survivre au poids toujours plus pressant des années (365 nouveaux jours et un quart ajoutés chaque annuité, c’est toujours utile de le rappeler pour les distraits au fond de la classe). Club Kid de Jordan Firstman est assurément de ceux-là, mais il a au moins le mérite de conserver un peu de mystère au sein de son pitch… Un pitch qui refuse le divulgâchage : « Un promoteur de soirées new-yorkais sur le déclin est contraint de remettre sa vie en ordre lorsqu’un visiteur inattendu fait irruption ».
Sans trop donner dans le numéro d’équilibriste, on peut maintenir ce semi-suspense en disant que le film est un remake vaguement queer d’un long-métrage de Dennis Dugan avec un Adam Sandler crapahutant dans les rues de New York avec un binôme de petite taille… Ne vous laissez pas déchauffer par tout le début du film en boîte de nuit : il n’est certes pas facile de montrer des gens défoncés et sympatoches, mais ici toute la smala entourant le personnage principal, dont la revenante Cara Delevingne, a l’air tellement antipathique qu’on préfère de loin siroter une bière mal brassée du côté du Petit Majestic plutôt que de rejoindre ces personnages-là sur le dance-floor. Ne vous laissez pas déchauffer donc, car Jordan Firstman, révélation de Rotting in the Sun qui s’est ici donné le premier rôle, est beaucoup plus habile pour montrer des scènes d’intimité avec seulement deux ou trois personnes dans le champ : le film vaut surtout pour sa qualité de dialogues, toujours bien sentis, et son refus de la niaiserie (malgré un sujet tarte à la crème qui aurait pu donner lieu à un bon vieux film cupcake des familles). Il faut dire qu’il est produit par Alex Coco, l’homme derrière Anora…
Hélas, quelque chose manque un peu d’enjeu dans la construction du scénario, à savoir el famoso manque d’antagonismes : l’arrivée de ce protagoniste haut comme trois pommes dans la vie notre Jordan ne perturbe en réalité pas tant que ça la vie de cet anti-héros bellâtre, qui n’allait de toute façon pas passer sa vie entière avec sa bande de crackheads noctambules et d’influenceurs au débit mitraillette donnant complaisamment dans le duck face… Alors oui, le film évoque aussi la précarité des trentenaires new-yorkais et l’envolée délirante des loyers que même les gosses de riches n’arrivent plus à absorber, mais Club Kid peine un peu à intégrer la chose autrement que par des pis-aller scénaristiques un peu trop appuyés. Il vous donnera en outre envie de faire la fête, et d’attraper un selfie avec Cara et ses 38 millions de followers Insta (NDLR. Chiche, Gautier ?). Rien que pour ça, on dit merci au Festival de Cannes.
| 2h 06min | Comédie dramatique De Jordan Firstman | Par Jordan Firstman Avec Miss Benny, Cara Delevingne, Diego Calva |


