Ne vous fiez ni au vilain visuel alpin sorti par le Losange, ni au teaser « cordes stridentes montant jusqu’à un inévitable cut écran noir » (et un sentiment d’avoir vu ça à peu près 15 967 fois)… Après Chili 1976, présenté à la Quinzaine en 2022, Manuela Martelli prouve qu’elle est l’une des voix les plus intéressantes du cinéma mondial : ce Dégel n’aurait pas du tout fait tache en Compétition, sur un créneau vaguement similaire à celui de Romería de Carla Simón l’an passé.
Nous sommes au Sud du Chili en 1992. Le pays reste marqué par des années de dictature : le mandat militaire de Pinochet a officiellement pris fin il y a deux ans, mais le bourreau d’Allende reste quand même commandant en chef de l’armée chilienne. Symbole de cette ouverture au monde : le pays ouvre son pavillon à l’Exposition universelle de Séville, avec pour pièce maîtresse le convoi d’un iceberg transporté depuis l’Antarctique, une prouesse technique balèze comme tout censée faire oublier les errements violents d’antan… Alors qu’elle est gardée par ses grands-parents dans leur hôtel en station de ski (une bâtisse intemporelle dont les couloirs évoquent un horror-movie tiré de Stephen King avec beaucoup de neige à l’intérieur !), Inès, 9 ans, se lie d’amitié avec Hanna, une jeune sportive venue d’Allemagne. Comme dans le beau Everytime de Sandra Wollner, une disparition inexpliquée vient rebattre les cartes, et réveiller les cadavres qu’on avait soigneusement enfouis dans le placard (ou sous le tapis, c’est une métaphore possible aussi).
Sans jamais prendre l’apparence d’un manifeste et avant tout accordé au trajet intérieur de son magnifique personnage principal, Dégel dialogue joliment avec L’esprit de la ruche (1973), évidente chaos-référence du film : une fillette obsessionnelle s’initie à l’étrangeté du cosmos et découvre progressivement que le monde qui l’entoure n’est pas conforme à ce qu’il paraît. L’hôtel, c’est l’apparente façade sous laquelle le musée des horreurs se doit d’être respectable, reléguant la violence en coulisses ; la neige, c’est ce qui permet d’ensevelir par petites touches esthétiques ce qu’on n’a plus envie de regarder ; et le dégel, c’est ce qui, à terme, fond et menace de faire sombrer l’ensemble de l’édifice… Au milieu de tout ça, il y a un film beau comme tout, dialoguant avec Anatomie d’une chute et le dernier segment « silencieux » de Valeur sentimentale (celui qu’on préfère) : ne vous renseignez pas plus sur le film et saisissez le premier tire-fesses venu pour attraper ce banger UCR avant qu’il ne fonde…
| 26 août 2026 en salle | 1h 48min | Drame De Manuela Martelli | Par Manuela Martelli Avec Maya O’Rourke, Saskia Rosendahl, Maia Rae Domagala Titre original El Deshielo |


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