« Chicas Tristes » de Fernanda Tovar : un premier film candide et sensible en forme d’ode à l’amitié

Dans ce premier long métrage, Fernanda Tovar se penche avec tendresse sur les subtilités et les turbulences du lien amical fusionnel, presque organique, qui unit Paula et « la Maestra », deux adolescentes mexicaines. Sur fond de compétition de natation au sein de leur propre équipe, et alors que Paula traverse un événement traumatique, l’harmonieuse complémentarité du binôme se fissure peu à peu.

Tout au long de ses quatre-vingt-dix minutes à peine, Chicas Tristes avance avec une assurance tranquille, aussi bien formelle que thématique. Tovar filme ces corps parés de couleurs vives sur les toits et le bitume de la banlieue mexicaine, ces silhouettes enchevêtrées sur fond de ciel bleu, dans une veine qui évoque des films comme The Florida Project (Sean Baker, 2017) ou Red Rocket (toujours Sean Baker, 2021), le cynisme en moins. La texture des peaux, les surfaces baignées de soleil et les bulles dans l’eau, sous l’objectif de Rosa Hadit Hernandez, composent une atmosphère estivale à la fois indolente et électrique, de celles que l’on retrouve dans Aftersun (Charlotte Wells, 2022) ou How to Have Sex (Molly Manning Walker, 2023), autres odes douces-amères à l’innocence.

Car contrairement à ce que suggère son titre, Chicas Tristes est empreint d’un optimisme candide, d’une philosophie ludique qui ne cède jamais sous le poids de son sujet. C’est notamment dans le tarot divinatoire de La Maestra, à la fois reliquat d’une enfance toute proche et annonciateur d’enjeux dramatiques imminents, que le récit réconcilie les courants contraires du délicat passage à l’âge adulte. Si les amants à l’envers annoncent la discorde, le chariot, présage de conquête et de succès, est flanqué d’une paire de chats noirs auxquels les adolescentes s’identifient.

Plus douce qu’amère, l’œuvre se présente avant tout comme une ode à l’amitié, davantage buddy movie que coming-of-age. Sans jamais se départir du prisme de cette relation symbiotique entre les deux adolescentes, Tovar parvient à aborder le traumatisme sexuel avec simplicité et subtilité, tout en faisant preuve d’une remarquable douceur envers ses personnages. C’est à travers ce regard double, sans que l’expérience de Paula y soit subordonnée, encore moins dissoute, que son vécu intérieur devient pleinement sensible. Dans ses compositions baignées de soleil, Chicas Tristes capture ainsi cet équilibre fragile : la chorégraphie tantôt miraculeuse, tantôt vacillante, de deux existences où (presque) tout se partage.

12 août 2026 en salle | 1h 30min | Drame
De Fernanda Tovar | Par Fernanda Tovar
Avec Darana Álvarez, Rocio Guzmán

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