Le point de départ de ce qui s’avère le dernier film réalisé par Walerian Borowczyk pourrait relever d’un schéma disons banal : un homme, Hugo (Mathieu Carrière), suit une femme, Miriam (Marina Pierro), rencontrée dans le métro parisien. Elle parle peu, ou presque pas, mais tout, dans ses gestes, trahit un vertige intérieur. Mais rien n’est banal chez Boro. Ce qui pourrait n’être qu’un jeu de séduction devient rapidement un processus de capture. Miriam attire Hugo hors de son quotidien, hors de ses certitudes sociales et masculines, pour mieux les dissoudre. Derrière ses formules de soumission, se met en place une mécanique inverse : celle d’une dépossession progressive. Comme souvent chez Walerian Borowczyk, tout commence dans une forme de quotidien reconnaissable (la ville, les transports, les intérieurs) avant de glisser, par paliers, vers un ailleurs indéfini.
On a souvent résumé Borowczyk à un cinéma de la provocation ou du fétichisme, en particulier depuis Contes immoraux et La Bête. Pour une dernière fois, Cérémonie d’amour prend à rebours cette attente. Là où l’on pourrait attendre une frontalité érotique, le film organise au contraire la disparition de l’image. Dans la seconde partie, enfermée dans un boudoir dont on ne saisit jamais pleinement les contours, les actes les plus décisifs sont relégués hors champ, pris en charge par une voix off au lyrisme cru. L’image se fait pudique, presque abstraite ; le langage, lui, devient obscène. Ce décalage produit une étrange tension : le spectateur est sans cesse invité à imaginer ce qu’il ne voit pas. Ce choix n’est pas qu’esthétique, il est théorique. Borowczyk ne filme pas l’érotisme comme un spectacle, mais comme un manque. Il met en place des barrières (cadres dans le cadre, objets flous au premier plan, corps partiellement dissimulés) qui empêchent toute saisie directe. Il y a toujours quelque chose qui fait écran. Non pas pour censurer, mais pour rappeler que le désir lui-même est affaire de distance.
Adapté d’un texte d’André Pieyre de Mandiargues, avec lequel Borowczyk partage le goût pour les jeux de pouvoir et les imaginaires libertins, le film assume une dimension littéraire forte, sans doute trop. La parole y est presque plus importante que l’action, et finit par la remplacer. évoquant les textes du marquis de Sade, où la suggestion verbale remplace la représentation directe. Les images, soigneusement composées, privilégient des motifs symboliques (cages, papillons, oiseaux) tandis que la narration, plus crue, détaille des situations de plus en plus troublantes. Puis, dans un geste radical, même cette parole disparaît, laissant place à un dénouement opaque, comme si le film se retirait lui-même. C’est sans doute là que réside l’étrangeté (et la déception, faut bien le dire…) de Cérémonie d’amour. Ni véritable film érotique, ni simple exercice de style, il fonctionne comme une machine à frustrer les attentes : celles du personnage masculin, réduit à l’impuissance, comme celles du spectateur, privé de résolution. D’où cette impression persistante d’inachèvement, ou plutôt d’inaccessibilité : quelque chose s’est joué, mais nous en sommes restés à la lisière. On comprend que le film soit resté marginal, y compris au sein de la filmographie de son auteur. Et pourtant, il en constitue peut-être la pointe la plus secrète : celle d’un désir qui ne se résout jamais.
1h 40min | Drame, ErotiqueDe Walerian Borowczyk Avec Mathieu Carrière, Marina Pierro |
1h 40min | Drame, Erotique

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