Elisa et Santiago se rendent avec Matilda, leur fille de deux ans, dans leur maison de campagne pour passer quelques jours de vacances et envisager les premiers travaux. Loin de la ville, Elisa commence à éprouver des sensations inconnues. Sa vie lui semble vide et dépourvue de sens. Entre elle et Santiago, la méfiance s’installe…
De la même façon que Jeff Nichols a écrit Take Shelter en catalysant toutes ses angoisses de jeune père de famille, l’Argentin Hernán Belón a conçu cette histoire de couple à la dérive en s’inspirant de sa propre existence. Un peu à la manière du duo Juliana Rojas et Marco Dutra pour le récent Trabalhar Cansa, il tente de mélanger cinéma d’auteur et cinéma fantastique et d’imiter Antonioni. Pour ce faire, il instille une tension horrifique, joue avec les codes de la maison hantée (apparitions spectrales, sentiment de cauchemar éveillé) pour soulever des points sensibles (un couple qui s’extrait du monde pour mieux se retrouver et qui finit par se perdre) et poser une bonne question (dans quelle mesure une nouveauté ou un changement peut fragiliser un couple a priori solide?). Les comédiens sont plutôt bons, l’atmosphère intrigante au début. Ce qui frustre en revanche, c’est le récit, pas franchement à la hauteur. Pendant longtemps, Belón laisse promettre un vacillement mais le trouble ne vient pas parce que l’on voit un peu trop bien où il veut en venir. Par-dessus tout, la conclusion s’avère déceptive, dans le mauvais sens : ça se voudrait une révélation surprise, ce n’est qu’un lieu commun, le cinéaste prenant des vessies pour des lanternes. A notre grand regret, El Campo est une tempête dans un verre d’eau.

