Isolée, mais riche en ressources pétrolières, la République du Wadiya, en Afrique du Nord, est dirigée d’une main de fer par l’Amiral Général Aladeen. Vouant une haine farouche à l’Occident, le dictateur a été nommé Leader Suprême à l’âge de 6 ans, après la mort prématurée de son père, tué dans un accident de chasse par 97 balles perdues et une grenade. Depuis son accession au pouvoir absolu, Aladeen se fie aux conseils d’Oncle Tamir, à la fois Chef de la Police Secrète, Chef de la Sécurité et Pourvoyeur de Femmes. Malheureusement pour Aladeen et ses conseillers, les pays occidentaux commencent à s’intéresser de près à Wadiya et les Nations Unies ont fréquemment sanctionné le pays depuis une dizaine d’années.
Après Borat et Brüno, qui étaient conçus comme des faux documentaires, The Dictator, qui a coûté 70 millions de dollars, peine à paraître scandaleux : c’est une comédie pop et trash superficielle dont les conventions ne s’accordent pas si bien que ça avec les exubérances de Sacha Baron Cohen. Tout simplement parce que les outrances et les gesticulations du comique ne suffisent pas, qu’il n’y a plus aucune altérité avec le réel (donc moins de prise de risque) et qu’une bonne comédie nécessite une qualité d’écriture rigoureuse. Ainsi, il n’y a aucune interaction entre Sacha Baron Cohen et le film qui est toujours à son service même s’il tente de faire vivre des personnages secondaires, réels ou fictifs.
Heureusement, Larry Charles et Sacha Baron Cohen ont conservé leur mauvais esprit. Ce personnage du Général Aladeen incarne l’archétype adéquat pour massacrer le politiquement correct dans une société démocratique et répressive à la fois, prendre le contre-pied des hypocrisies avec des truismes sarcastiques, fustiger le mauvais goût bling-bling, vomir des insanités, orchestrer quelques gags scato-sexuels (moins nombreux que d’habitude). C’est une manière à peine voilée d’évoquer la question de la liberté d’expression dans un contexte Hollywoodien, où elle se pose de manière beaucoup plus aiguë qu’on le croit. Même si elle est totalement disproportionnée, la comparaison avec Le Dictateur (Charlie Chaplin, 1940) paraît inévitable parce qu’à des années d’écart, les deux films partent d’événements contemporains (The Dictator fut tourné pendant les événements du Printemps Arabe) mais plus de soixante-dix ans plus tard, Chaplin met Baron Cohen K.O. Il n’y a pas la même portée politique ni le même talent. Autre faiblesse majeure : le film paraît inexplicablement long en dépit d’une durée courte (seulement une heure vingt).

