« Un très mauvais pressentiment » (« Something bad is going to happen ») : une passionnante série horrifique à la beauté macabre

S’il y a bien un domaine où Netflix a su créer la surprise à plusieurs reprises, c’est celui des mini-séries. De l’étonnant marathon de Mike Flanagan à Adolescence, en passant par Baby Reindeer ou Brand New Cherry Flavor, la plateforme a souvent frappé juste. Justement, l’une des scénaristes de cette dernière s’est lancée à son tour dans un one-shot bien nommé Something Very Bad Is Going to Happen. Une nouvelle odyssée cauchemardesque produite par les hurluberlus de Stranger Things, et dont elle a confié la réalisation à trois cinéastes : Lisa Brühlmann (dont Blue My Mind explorait le mythe de la sirène sous l’angle du body horror adolescent), Weronika Tofilska (également co-scénariste de Love Lies Bleeding) et Axelle Carolyn, ancienne actrice à qui l’on devait l’oubliable The Manor.

La mise en place, remarquable, avec ce couple de jeunes mariés perdu dans un no man’s land neigeux et lugubre, évoque soudain une autre production Netflix traumatisante : I’m Thinking of Ending Things. De là à y voir une version horrifique et plus mainstream… pourquoi pas. Voici donc deux tourtereaux, Rachel (la très dualipesque Camila Morrone) et Nicky (Adam DiMarco, échappé de la saison 2 de The White Lotus), en route vers leur mariage en petit comité, l’occasion pour la jeune femme de découvrir sa belle-famille. Dans un chalet luxueux et labyrinthique, la paranoïa s’installe : cris et chuchotements à tous les étages, fratrie dérangée, parents inquiétants. Une créature non identifiée, « l’homme qui rit », hanterait la forêt avoisinante en quête de mariées à découper, tandis que des chiens empaillés, dont il ne faut pas croiser le regard, trônent dans le couloir. L’une des meilleures idées ? Avoir réuni Ted Levine (le Buffalo Bill du Silence des agneaux) et Jennifer Jason Leigh en couple de parents glauques. Quel plaisir de retrouver cette dernière dans un rôle de mère creepy : visage tiré, épuisé, presque crayeux, elle dévoile une nouvelle facette inquiétante d’une comédienne que l’on pensait bien connaître.

On savoure, plaqué à son siège, cette atmosphère de complot familial qui fait craindre le pire : un virage vers du sous-Ari Aster façon A24, avec secte satanique et sacrifices humains à la clé. La présence du génial Colin Stetson à la musique ne fait que renforcer ce sentiment. Fort heureusement, tout cela n’est que tromperie et la série s’envole vers des cimes inattendues. Curieusement, c’est aussi là que le bât blesse : dès la levée du mystère au quatrième épisode (via un long segment en found footage), l’intérêt retombe drastiquement. Zlatko Burić impose bien sa présence inconfortable, chacun s’agite dans tous les sens, mais la peur s’est dissipée et la patience s’effrite. Il faudra attendre les deux derniers épisodes, frénétiques et grand-guignolesques, toujours portés par les saxophones déchaînés de Stetson, pour relancer la machine. D’une beauté macabre indéniable, bien que non exempte de défauts (trop de sang numérique, une incarnation de la mort façon Evil Dead assez kitsch), la conclusion se drape, de manière attendue, dans une réflexion sur les liens du mariage, moins subversive qu’elle ne le prétend.

55 min | Drame, Epouvante-horreur
Titre original : Something Very Bad Is Going To Happen
Créée par Haley Z. Boston
Avec Camila Morrone, Adam DiMarco, Gus Birney
Nationalité U.S.A.

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