Fin des années 60 : un Italien fricotin profite de la légalisation du porno au Danemark pour y tourner tout ce qu’il peut. Ce fut le destin coquin d’Alberto Ferro, dit Lasse Braun, qui multiplia les loops, ces toutes petites bandes porno qu’on se passait alors sous le manteau. Parmi elles, Cake Orgy, qui ferait frémir le Marco Ferreri de La Grande Bouffe lui-même, où tous les fluides se mélangent dans un pique-nique où ça nique. Passées ces récréations, et avec le boom du porno en France, il fallait frapper fort : le bien nommé Sensations pousse les portes battantes du marché du film de Cannes et se fait remarquer comme il se doit, comme ce fut le cas un an plus tôt avec Pénétrations, un best-of de loops où se niche un semi making-of dans lequel la star et compagne de Braun se décarcasse pour accomplir une double pénétration. Ce sera cette même jeune femme, Brigitte Maier, que l’on retrouvera justement dans Sensations, un vrai long cette fois-ci, même si l’habitude de couper court chez Braun se ressent encore : le fil rouge est maigrichon, et l’on n’y trouve pas d’autre préoccupation que celle de baiser. Vous me direz, c’est le but…
Une œuvre inconséquente (ou presque) qui a la gueule de son époque : l’obscénité y est franche, mais filmée avec classe. Le casting est quasi entièrement français, mais on tourne aux Pays-Bas. À lui seul, le film incarne une révolution sexuelle somme toute européenne. Naturelle, diaphane, presque discrète, insoupçonnable, Maier évoque ces beautés façon Jane Birkin ou Sylvia Kristel, à l’heure où le porno n’était pas encore à l’ère des bimbos. Elle y incarne Margaret, une Américaine rendant visite à son petit copain à Amsterdam. Le temps d’un voyage en bateau, elle rencontre la rousse Véronique, la blonde Liza et le moustachu Lazlo, un musicien à la fois ravi et désespéré de croiser des jeunes filles aussi libres. Cet échange introductif, a priori banal, plante le chapiteau d’une époque où tout le monde dit oui, et où le couple monogame semble être une bizarrerie antique.
Quelques instants plus tard, Liza invite tout le monde dans son manoir, dont les couloirs sont hantés par la présence d’un serviteur manchot (Ian Stephens, l’esclave de l’actrice Sylvia Bourdon qu’on découvrait dans les scènes les plus traumatisantes de Exhibition 2), et n’attend pas longtemps pour se faire tringler devant tout le monde par le gentil Lazlo. « Ah, je t’aime ! » — « Mais ne sois pas si romantique enfin !! » lui balance la ravissante attachée. Mais Margaret, elle, s’emmerde un peu. Plus loin, Véronique rencontre une vendeuse lesbienne qui boit de la grenadine (« C’est aphrodisiaque ? Mais on en fait boire aux enfants en France ! »), tandis qu’un photographe à l’allure de Viking exploite au mieux ses modèles. Mais Margaret s’emmerde toujours un peu, regardant tout ce beau monde d’un air mi-las, mi-ennuyé. Un ennui qui sied plutôt bien au teint de poupée triste de Maier. Le plaisir lui ira très bien aussi.
Comme il faut mettre les bouchées doubles, toute la dernière partie prend la forme d’un vernissage s’organisant en lupanar : il y a des seins couverts de champagne, de l’urophilie, des coups de canne bien placés, un slip englouti par le sexe d’une demoiselle, un sexagénaire TRÈS en forme, des vulves poudrées de cocaïne… Margaret finira par sauter le pas en se laissant submerger par une partouze impromptue : au milieu des corps, nous sommes tous un peu elle, acceptant enfin l’abandon total. Mordillée, léchée, croquée, sucée, elle finira évaporée dans l’air, à la surprise de tout le monde. Maier, elle, était vraiment d’ailleurs.
Réalisation : Lasse BraunScénario : Axel Braun, Ian Rakoff Acteurs principaux : Brigitte Maier, Véronique Monet, Tania Busselier, Frédérique Barral |
Réalisation : Lasse Braun


![[THE DEVIL’S EXORCIST / EL JUEGO DEL DIABLO] Jorge Darnell, 1975](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2026/04/THEDEVILEXORCIST-1068x641.png)