[ROBOTRIX] Jamie Luk, 1991

L’année 1991 est une année charnière dans l’histoire de la civilisation : James Cameron sort Terminator 2 et redéfinit les effets spéciaux numériques pour les cinquante années suivantes. La même année, à Hong Kong, Jamie Luk sort Robotrix avec un budget vraisemblablement inférieur au catering de T2, et réinvente le même concept en y ajoutant Amy Yip, des seins, des viols robotiques et de la philosophie du désir à peine déguisée. Les deux films coexistent dans le même univers. Ce n’est pas sans conséquences sur la façon dont on envisage la vie.

Robotrix est un film de catégorie III (pour ceux du fond, c’est la classification hongkongaise réservée aux œuvres pour adultes, créée en 1988 et exploitée jusqu’à épuisement de toute décence dans les années 90). Le principe narratif est celui d’un RoboCop passé chez Russ Meyer : un scientifique japonais dément a transféré son esprit dans le corps d’un cyborg, expert en arts martiaux, arpente la ville, viole et assassine des prostituées. Une policière, abattue dans l’exercice de ses fonctions, se voit greffer le cerveau dans un robot féminin par le Dr. Sara. Sa collègue Ann est, elle, un robot purement mécanique qui n’a jamais expérimenté la sexualité et brûle de combler cette lacune. On installe donc Ann comme prostituée-appât, caméra espion en place, pour piéger le cyborg meurtrier. Un des collègues masculins arrive déguisé pour tenter d’en profiter. Ann voit à travers sa couverture. La métaphore de la surveillance masculine de la sexualité féminine n’a jamais été traitée avec autant d’élégance.

Ce qui distingue Robotrix de l’océan de catégorie III qui noie l’époque, c’est une inconsciente cohérence thématique que Jamie Luk n’a probablement pas cherchée et qui s’est imposée d’elle-même. La supériorité des robots hongkongais sur les modèles étrangers. Le robot américain part en vrille, stoppé par le made in HK, et l’exploration du voyeurisme comme fondement des rapports entre sexes constituent la véritable ossature du film. C’est Metropolis relu par un producteur qui aurait trop regardé Porky’s. Ce n’est pas rien. La dichotomie tonale est réelle et mérite d’être nommée sans faux-semblants : les scènes de viol du cyborg commencent dans la légèreté et finissent dans la violence létale, sans transition, sans avertissement, sans distanciation. C’est le point d’inconfort authentique du film. Le reste est du pur cinéma d’excès hongkongais de fin de règne. Un genre qui n’existe plus parce que l’industrie s’est normalisée, la rétrocession est passée, et les plateformes de streaming ont leurs propres règles de modération. Robotrix est donc un document d’anthropologie autant qu’un film.

Film de Jamie Luk Kim-Ming · 1 h 33 min · 31 mai 1991 (Hong Kong)
Genres : Action, Érotique, Science-fiction
Pays d’origine : Hong Kong

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