Notre lecteur Samy Hassan revient pour Chaos sur le film De Humani Corporis Fabrica de Lucien Castaing-Taylor et Véréna Paravel. Pour envoyer vos tops, vos critiques, vos avis, vos demandes etc., une seule adresse: redaction@chaosreign.fr
« Un plaisir de retrouver, avec ce nouveau documentaire aussi ludique que fascinant, le duo de réalisateurs Lucien Castaing-Taylor et Véréna Paravel, à qui l’on doit le passionnant Leviathan (2012 — pas celui de Andrey Zvyagintsev, bien sûr) et le choc Caniba (2017).
Le pitch ? Une immersion au cœur des hôpitaux parisiens, des couloirs de service jusqu’aux blocs opératoires, traversant même les murs et les tuyauteries des bâtiments.
Presque tous les organes sont passés au scalpel (c’est le cas de le dire) : le cerveau, à travers des coupes IRM hypnotiques ; le cœur et les poumons lors d’une opération à cœur ouvert (impressionnante thoracotomie — âmes sensibles s’abstenir !) ; les yeux avec une chirurgie de la cataracte rapide mais efficace ; les seins avec une opération du cancer du sein (le cancer le plus fréquent chez la femme selon les données épidémiologiques récentes) ; ou encore l’utérus à travers une césarienne.
L’ingéniosité des deux réalisateurs et anthropologues tient au parallèle qu’ils établissent entre les techniques du cinéma et les avancées de la médecine moderne : la coloscopie, qui permet de filmer le corps de l’intérieur ; la chirurgie robotique pour les cancers de la prostate (une révolution récente) ; ou encore les observations au microscope à partir de coupes histologiques.
Le corps humain n’est plus seulement envisagé comme une machine à explorer, mais comme un ensemble complexe, presque un puzzle, dont les formes varient selon les maladies (cancers, infections…), inscrit dans un environnement à la fois social et mystérieux.
La séquence la plus émouvante reste sans doute celle tournée en hôpital psychiatrique, où la caméra accompagne des patients atteints de troubles psychiques graves, parfois incurables. Ce n’est pas Vol au-dessus d’un nid de coucou, mais le réalisme y est d’autant plus frappant.
Pour toutes ces raisons, ce documentaire mérite largement le détour. On peut simplement regretter qu’il repose davantage sur un travail de montage que sur une véritable mise en scène, avec un enchaînement de séquences parfois très construit en amont. Mais le résultat n’en reste pas moins singulier et impressionnant.
Si vous avez aimé ce film, vous apprécierez sans doute : la trilogie psychiatrique de Nicolas Philibert (Sur l’Adamant (2023) / Averroès & Rosa Parks (2024) / La Machine à écrire et autres sources de tracas (2024)) ; la trilogie médicale de Thomas Lilti (Hippocrate (2014) / Médecin de campagne (2016) / Première Année (2018)) ; Johnny s’en va-t-en guerre (1971) ; La Fracture (2021) ; Patients (2017) ; En première ligne (2025). »



