« The Legend Of Zelda », 40 ans : « Majora’s Mask » (N64, 3DS)

Et le titre de meilleur Zelda revient à… Majora’s Mask. Épisode Nintendo 64 tardif hautement contesté à sa sortie pour son parti pris radical, il représente pour moi la quintessence de la saga, le parfait alliage entre un univers inoubliable et une aventure retorse et qui pousse à l’exploration. Réalisé en un an à partir du moteur graphique de Ocarina Of Time, le jeu est pensé comme un pari pour Eiji Aonuma, son concepteur, qui prend pour la première fois les rênes de la saga, et Yoshiaki Koizumi, co-réalisateur, futur patron des Mario 3D. Les particularités de sa production donneront au jeu sa particularité, ou plutôt, son étrangeté. Majora’s Mask est une espèce de reflet déformé et halluciné d’Ocarina Of Time. Termina est une version miniature et bizarre d’Hyrule, comme si tous ses habitants étaient sous l’emprise de psychotropes. On a souvent associé Majora’s Mask à Twin Peaks, principalement pour ses personnages qui cachent pour la plupart des secrets ou encore sa tonalité désespérée et mélancolique. Si Aonuma a réfuté l’affiliation, le fait qu’il ait admis être fan du show de David Lynch et Mark Frost peut laisser penser qu’il y a eu une quelconque inspiration, même inconsciente.

Si Majora’s Mask a le nombre de donjon le plus faible de la série (quatre !), ce fait n’a jamais été un problème aux yeux des joueurs car ils font tous partie des meilleurs (mention spéciale à la Forteresse de pierre et son twist… renversant). Surtout, le monde de Majora’s Mask en lui-même peut être vu comme un gigantesque donjon. S’étirant sur trois journées avant la chute de la Lune menaçante (avec un visage, une inspiration de Méliès) provoquant une fin du monde en forme de game over, le jeu requiert au joueur d’apprendre faits et gestes des personnages et de cet univers sur ce court laps de temps. Fort heureusement, Link peut modeler et remonter le temps grâce à son ocarina, et remplit un journal consultable par le joueur dans lequel sont reportés tous les évènements marquants rencontrés dans le jeu. Un côté Un Jour sans fin qui donnera de la suite dans les idées à de nombreux game designer, notamment Alex Beachum, créateur du formidable Outer Wilds sorti en 2019.

Avec une durée de vie en apparence élaguée, Majora’s Mask bénéficie d’un nombre impressionnant de quêtes annexes toutes plus excellentes les unes des autres (mention spéciale à la quête déchirante d’Anju et Kafei, les deux amants qui s’enlacent dans les derniers instants du monde façon Melancholia). Quête principale qui ne dit pas son nom, la quête des masques restent l’attrait ultime de cet épisode, poussant le joueur à ratisser de fond en comble le jeu afin de bénéficier de leurs pouvoirs spéciaux. Florilège : un masque qui permet de parler avec des grenouilles et de former une chorale, un autre qui vous empêche de vous endormir lorsqu’un PNJ vous raconte les légendes de Termina, ou encore celui qui vous permet d’entrer dans le club privé de Termina. Enfin, Majora’s Mask prouve que la série peut se passer de Ganon pour raconter une histoire, en mettant la lumière sur ce qui est certainement son antagoniste le plus inoubliable : Skull Kid.

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