« Nervures » de Raymond St-Jean : loin des attentes horrifiques, un film qui joue la carte de la tendresse à Gérardmer

Visiblement boudé par une partie du public du Festival de Gérardmer édition 2026, Nervures a pourtant beaucoup à offrir, à commencer par de la tendresse. Outre la rareté des productions québécoises de genre à nous parvenir, cette petite production signée Raymond St-Jean, en s’ancrant finalement loin des attentes horrifiques qu’elle semblait poser, adoucit plus qu’elle n’effraie. Du mystère d’Isabelle, jeune femme confrontée à la nouvelle de la mort de son père une fois retournée chez elle, se tisse un récit de deuil résolument sensible.

Sous une photographie solaire, qu’on qualifierait simplement de jolie tant elle enjolive tout, Nervures accueille sincèrement en son sein. D’une mise en scène peut-être faiblarde aux premiers abords, le film se révèle surtout malin dans sa retenue, échangeant les grosses frousses contre des instants de tension bizarrement agréables. Les mécaniques sont simples, mais toujours efficaces, refusant le jump scare et les caméras flottantes un peu datées façon Wan, pour y préférer un travail de compositions statiques, plus légères mais tout aussi efficaces. Ce que le long-métrage allège du côté de la peur pure, en dehors d’une belle séquence façon « 1, 2, 3, soleil », il le réinvestit dans un étrange mélancolique parfois proche du conte.

Servi par des effets pratiques et des maquillages enchanteurs, Raymond St-Jean donne vie à des visions macabres qui marquent organiquement la rétine autant qu’elles touchent le cœur. De la légèreté certaine de son approche, le film tire alors un attachement immédiat à l’écriture de ses personnages autant qu’à la bonhomie de leurs interprètes. Sans doute l’accent québécois joue-t-il pour partie, mais il y a surtout ici quelque chose de résolument humain que l’on prend irrémédiablement plaisir à suivre au fil d’une narration pourtant fébrile.

Outre quelques petites pirouettes et facilités en bout de course, Nervures souffre toutefois de la fragmentation de sa structure. En refusant un protagoniste clair autant qu’en dévoilant ses cartes dès son premier quart, il se coupe de toute opportunité de surprendre, dans un enchaînement peu stimulant de séquences programmatiques. À cela s’ajoute une structure hachée entre flashbacks et moments présents, trouant la narration en bien des endroits, avant un climax tombant forcément un petit peu à plat. Tout en subissant cette redondance, il éclot pourtant, dans l’horreur, une mélancolie douce qui semble en être la sève, au-delà du mystère.

D’une approche sensible de la vieillesse, Raymond St-Jean extrait joliment le troisième âge du spectacle horrifique auquel il est malheureusement souvent confiné, pour y porter un regard nettement plus empathique. Les corps et esprits dégénérescents sont certes lieu d’angoisse, mais jamais plus que celle de voir, et de se voir, mourir. Le lesbianisme d’Isabelle, jeune femme confrontée à la lente mort de ses parents, se mue alors, loin du racolage, en symbole de la distance sociale et mentale que creuse le processus de deuil. La souffrance de celleux qui partent prend racine dans ceux qui les observent, impuissant·e·s.

La sensibilité du geste, incarnée sous une imagerie fantastique particulièrement émouvante, fait oublier l’imperfection et invite à s’abandonner à la mélancolie. Finalement loin de l’horreur, il y a là beaucoup de tendresse autant que de tristesse dans la fin de vie : voir les vieilles branches nous être enlevées, sans jamais réussir à faire disparaître les racines.

1h 36min | Epouvante-horreur
De Raymond St-Jean | Par Raymond St-Jean, Martin Girard
Avec Romane Denis, Marie-Thérèse Fortin, Richard Fréchette

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