Difficile de mentir en disant que l’attrait principal pour The Thing with Feathers se situait ailleurs que dans la présence du génial Benedict Cumberbatch en tête d’affiche. Premier long-métrage de fiction pour Dylan Southern, jusqu’ici resté du côté du documentaire musical, le projet avait pourtant pour lui une base solide : le récit d’un père endeuillé par la perte de sa femme, forcé de tenir la barre, tant pour ses enfants que face à la créature étrange qui vient le hanter. Une métaphore épaisse et superficielle, qui ne convainc pas franchement malgré son élégance formelle.
Là où était la promesse, The Thing with Feathers tient assez la route, donnant lieu à des interprétations justes, mais qui laissent déjà poindre le nœud du souci. Tout est juste, certes, mais d’une retenue confinant à une grisaille quotidienne loin d’être très stimulante. Mieux encore, les premiers instants du récit donnent l’impression d’être tombé par erreur chez un Ken Loach aux cadres naturalistes certes élégamment photographiés, mais sans beaucoup d’âme dans la mise en scène.
Les origines de Dylan Southern, situées du côté du documentaire musical, se ressentent de la plus cruelle des manières. Les moments de bravoure formelle se multiplient, dans la poésie macabre comme dans l’angoisse, mais ne restent que des îlots dans un tout très figuratif et quelconque. La nature clipesque du métrage l’engloutit dans un programme mécanique et attendu. La créature, pourtant spectaculaire au centre du film, en sonne nécessairement assez factice, absente de tout aspect organique, la laissant de fait purement esthétique.
La superficialité du geste en est d’autant plus gênante qu’elle condamne à suivre un enchaînement de séquences très programmatiques, voire souvent purement informatives tant elles ressemblent à des lieux communs désincarnés. Passée sa solide introduction, imposant une gravité instantanée sans même en prononcer les termes, The Thing with Feathers se mue en une déclinaison fatiguée des exactes mêmes actions et propos. À vouloir multiplier les points de vue au fil d’un chapitrage très factice, le long-métrage oublie d’en avoir un sur son sujet. Traiter de la banalité du deuil et de la vie qui continue malgré tout se veut un geste joli, touchant, mais confine ici à une neurasthénie narrative tant cela n’est jamais incarné dans la mise en scène, tout finissant par être très plat.
Difficile alors d’esquiver la comparaison au génial Mister Babadook de Jennifer Kent, tant l’approche du deuil par une figure horrifico-enfantine y ramène. Les deux films ne jouent pourtant jamais dans la même cour, tant celui de Dylan Southern s’enlise dans une métaphore d’une épaisseur sans nom, jusqu’à l’annoncer verbalement, acte qui sonne comme l’arrêt de mort de la dimension organique de son œuvre. Rien ne dépasse ici le stade de l’intellectuel, par ailleurs d’une profondeur minime, jusqu’à sa résolution quasi magique de la problématique du deuil, comme si tout passait un jour ou l’autre. On s’attendrira certes face à la candeur du geste, mais l’absence de viscéralité dans le deuil, expérience organique et dévastatrice s’il en est, ne l’aidera pas à marquer les esprits. Ne restera qu’une mélancolie chronique jamais vraiment pénible, dans une solitude sans trop de conflits. C’est peut-être finalement là ce qu’on reproche le plus à The Thing with Feathers : de n’être qu’une carte postale du deuil.
1h 44min | DrameDe Dylan Southern | Par Dylan Southern Avec Benedict Cumberbatch, David Thewlis, Sam Spruell |
1h 44min | Drame


