Nouvel enfant chéri du cinéma d’horreur américain pour certains, usine à poncifs pour d’autres (nous y compris), Osgood Perkins semble ne pas vouloir ralentir sa course, bien lancée par Longlegs et The Monkey, ici poursuivie avec L’Élue, troisième proposition horrifique en moins de deux ans. Le metteur en scène explore cette fois une horreur plus intime et latente, qualifiée aisément de « elevated », relevant le défi de donner forme à une définition éminemment floue du terme. Le récit suit un couple isolé au fond des bois pour célébrer son anniversaire de mariage, qui dérive progressivement de visions étranges en secrets enfouis.
L’Élue bénéficie au moins d’une esthétique soignée, de ses cadres joliment composés à sa photographie travaillée. Mais ce travail, séduisant en surface, apparaît rapidement comme un vernis destiné à masquer une mise en scène finalement très creuse. Multipliant les plans décadrés, esthétiquement agréables et faussement mystérieux, le film tente de combler l’absence d’une véritable atmosphère, qui ne parvient jamais à s’installer. Comme à son habitude, Perkins semble refuser de creuser quoi que ce soit d’original, reprenant des poncifs à peine transformés, jusqu’au flou circulaire de Midsommar, qu’il recycle sans réflexion.
Ne restent que quelques séquences savamment tendues, dont un climax d’un glauque absolu, peuplé de décors organiquement terrifiants et fascinants. Mais ces fulgurances ne suffisent pas à contrebalancer 1h40 au mieux plate, au pire ridicule, avec notamment la vieille musique sur vinyle qui craque, un poncif éculé presque comique. La grossièreté formelle du film n’est même pas son principal défaut. L’artificialité du projet se révèle surtout dans l’écriture, qui prend à peine le temps de caractériser ses personnages, génériques au possible, pour enchaîner des événements étranges dépourvus d’enjeux, de conflits ou de développement. De la promesse d’une plongée progressive dans la folie, on passe rapidement à une succession mécanique de moments tape-à-l’œil plutôt que véritablement perturbants, sans prémices ni conséquences réelles. Le montage multiplie les plans de coupe aléatoires pour tenter de dynamiser un enchaînement de séquences sans aucun liant.
L’introduction du long-métrage, d’une subtilité quasi inexistante, accentue l’ennui de l’expérience, en laissant deviner la direction de l’histoire tout en se persuadant continuellement que son mystère y résiste, autant qu’il résisterait à l’écriture et à l’interprétation lourde des personnages. Au final, surtout ennuyeux, le film agace par son approche fondamentalement cynique, voire opportuniste, de l’horreur contemporaine dite « elevated », terme ô combien réducteur et illusoire que Perkins prend ici au pied de la lettre. En le prenant au premier degré, le film devient nécessairement une parodie de ce qu’il est censé représenter, tirant des motifs de ses références pour les transformer en poncifs balourds et dénués d’âme.
Le semblant de discours féministe et anti-marital esquissé par le long-métrage apparaît également plat et superficiel, une case de cahier des charges cochée automatiquement, exécutée dans un récit sans épaisseur et donc sans finesse. Il est difficile de savoir où nous mène Osgood Perkins. Ses quelques fulgurances esthétiques ne masquent pas cette énième proposition creuse, et l’on peine à percevoir le moindre mouvement en avant dans son œuvre.
10 décembre 2025 en salle | 1h 39min | Epouvante-horreurDe Osgood Perkins | Par Nick Lepard Avec Tatiana Maslany, Rossif Sutherland, Erin Boyes Titre original Keeper |
10 décembre 2025 en salle | 1h 39min | Epouvante-horreur


