Terrienne en détresse. A Los Angeles, une femme âgée meurt anonymement dans un hôpital du comté. Durant les prochaines 24 heures, quatre personnages centraux – une infirmière, une assistante sociale, la personne à contacter en cas d’urgence indiquée sur le formulaire d’admission et un enquêteur des services publics – partent à la recherche de la famille de la défunte.
Vous connaissiez la somptueuse Pursuit of happiness chantée par Divine Comédy; découvrez désormais la mélancolique Pursuit of Loneliness captée par Laurence Thrush. Ce réalisateur britannique s’est fait remarquer avec De l’autre côté de la porte, sur le phénomène de l’«hikikomori», soit le fait de s’enfermer dans sa chambre pour jouer aux jeux vidéo et regarder la télévision sans avoir de vie sociale. Il explore de nouveau son sujet de prédilection: la solitude. Une solitude que ni vous ni moi ne pouvons soupçonner. A mi-chemin entre documentaire et fiction, Pursuit of Loneliness raconte le passé d’une défunte et, au présent, propose une description humaine d’univers qui a priori ne le sont pas (l’hôpital, la municipalité, les services sociaux) à travers d’autres destins chargés de pires taches au monde. Qu’y a-t-il de pire que la mort? Gérer l’après.
En résulte une galerie de personnages déambulant comme des morts-vivants sous un soleil en noir et blanc, dans un Los Angeles livide et dépeuplé. Et le film, parcouru par la musique suave de William Basinski, de nous assurer que la solitude reste la même pour tous dans ce grand purgatoire qu’est la cité des anges. Le sujet pourrait nous plomber mais quelque chose nous retient. Une délicate attention aux appels et aux déambulations. Un regard sensible aux uns et aux autres, aux hommes et aux femmes minuscules dans les grandes mégapoles. Une humanité qui, en plein chaos, peut faire du bien.
Thrush a fréquenté le département des coroners, passant notamment du temps auprès du bureau du curateur (celui qui est chargé de gérer les biens des défunts). Et l’on perçoit bien l’œil du documentariste maniaque du détail, interrogeant notre regard au cinéma comme dans la vie de tous les jours. En gros, comment nous nous regardons et nous nous considérons les uns les autres? Des films comme ça, comme ceux de Patrick Wang (Les secrets des autres), sont à protéger car ils sont de plus en plus rares. Tellement rares qu’ils menacent de passer sous le radar. Quelques bémols, toutefois, sur celui-ci, en dépit de toutes les bonnes intentions: le procédé consistant à filmer les personnages au loin ou à travers des vitres accuse d’inévitables limites (c’est chichiteux et parfois too much) et si elle réserve de jolies interactions, on est un peu déçu de ne pas trouver l’imbrication docu-fiction super fluide et encore plus déçu de ne pas aimer cette chronique polyphonique davantage. Thrush finira bien par nous foudroyer. Mais pour l’instant, il doit affiner ses manières. L’avenir lui appartient.

