Psychotronique. Vous ne vous souvenez de rien. Votre femme vient de vous ramener à la vie. Elle vous apprend votre nom : Henry. Cinq minutes plus tard, vous êtes la cible d’une armée de mercenaires menée par un puissant chef militaire en quête de domination du monde. Vous parvenez à vous échapper mais votre femme se fait kidnapper. Vous voilà perdu dans un Moscou hostile. Ici tout le monde semble vouloir votre mort. Vous ne pouvez compter sur personne. Sauf peut-être sur le mystérieux Jimmy. Pouvez-vous lui faire confiance ? Arriverez-vous à survivre à ce chaos, sauver votre femme et à faire la lumière sur votre véritable identité ? Bonne chance Henry, vous allez en avoir besoin.
Public très averti. De la même façon que Stars 80 est un film calibré pour les fans du top 50 de Marc Toesca, Hardcore Henry est un film calibré pour la génération Xbox. Ce qui pourrait donner lieu à un nouveau genre cinématographique, vaguement initié avec des films sous adrénaline comme Hyper Tension (Mark Neveldine & Brian Taylor, 2007). Intégralement tourné en caméra GoPro, ce long métrage en apnée mise sur une immersion totale et dit grosso modo que le héros, c’est le spectateur, comme dans un jeu vidéo et pas forcément comme dans un film. Et le héros Henry, qui a perdu la mémoire, apprend qu’il est un cyborg et qu’il doit protéger sa femme de gangs ultraviolents. Voilà pour l’enjeu. Les spectateurs ne voient jamais le visage d’Henry et il n’y a pas d’acteur crédité pour son rôle. A l’écran, on voit Sharlto Copley en guide de Henry, Haley Bennett en femme de Henry, tandis que Tim Roth, jamais à court d’expériences extrêmes, fait une brève apparition dans le rôle de son père.
Pas de tromperie sur la marchandise pour les gamers tant cette production russo-américaine partage l’esthétique et la cinématographie de jeux vidéo au succès mondial comme Halo et Call of Duty, jouant sur l’idée qu’après tout, le cinéma d’action a toujours plus de succès quand il donnait l’impression de plonger dans des situations dangereuses que la plupart des gens préfèreraient éviter dans la vraie vie. C’est du moins ce qu’en déduit le réalisateur russe Ilya Naishuller qui se prend pour le descendant de Eisenstein. Si on a envie de lui rappeler que non, cette idée d’angle de vue n’est pas neuve (des p’tits films rikikis comme Halloween ou Les dents de la mer et des clips pas du tout cultes comme celui de Smack My Bitch Up des Prodigy y avaient déjà recours il y a plusieurs décennies), il n’empêche que son premier film se targue d’une espèce inédite avec comme missions: mettre le public dans la peau du protagoniste, lui faire ressentir les émotions primitives, enivrantes qui résultent de scènes qu’on voit d’habitude avec plus de distance. Ok mais alors contentons-nous de regarder un porno dans ces conditions. Dans ce cas-là, oui, ce sera peut-être moins fastidieux que ce procédé au cocktail un peu émoussé, certes amusant une petite dizaine de minutes mais épuisant lorsqu’il est étiré sur une longue heure et demie. Dans les moments les plus creux, on se contentera de réfléchir sur le point de vue visuel hérité de l’univers des jeux vidéo s’inscrivant dans la lignée du flirt de plus en plus poussé que Hollywood entretient avec une industrie devenue colossale, consciente qu’elle est en train de perdre la tranche démographique des 18-24 ans qui se disent de plus en plus: « pourquoi regarder un film si on peut le vivre?« . Hardcore Henry, c’est donc plutôt cool pour la génération Xbox qui utilise la console de jeux pour regarder des films avec le service de vidéo en ligne Netflix. Un peu moins pour les autres générations.

