Comme disait Chateaubriand… Philippe Mars, ingénieur informaticien divorcé, essaye tant bien que mal de mener une vie tranquille, entre un fils collégien devenu subitement végétarien, une fille lycéenne obsédée par la réussite, une sœur artiste peintre aux œuvres terriblement impudiques et une ex-femme qui bosse à la télé…
«La sagesse est voisine du tombeau». On voit bien où le réalisateur Dominik Moll et le scénariste Gilles Marchand, duo imparable de Harry un ami qui vous veut bien, veulent en venir. En même temps que l’on ne voit pas du tout où ils veulent en venir. On voit bien l’envie de faire une comédie absurde et existentielle des frères Coen dans un contexte franco-français en racontant les vicissitudes d’un personnage de loser (François Damiens) totalement méprisé par son entourage, soudain flanqué d’un collègue suicidaire du genre craignos (Vincent Macaigne, dans le sempiternel rôle du mec échappé de l’asile qui tape des scandales en hurlant aux fenêtres). D’autant que le collègue pourrait bien être un ange exterminateur. On voit bien aussi comment ils travaillent un humour ironique (le loser accueille un psychopathe chez lui), noir (tout est foutu) et absurde (Macaigne, vénère, balançant un hachoir en direction de Damiens en mode Van Gogh), ravivant en cela le malaise parcourant Harry un ami qui vous veut bien. On voit bien aussi bis comment ils veulent tendre au film-monde (les plans cosmiques où Damiens déguisé en astronaute flotte en apesanteur, dans l’espace ou dans l’appartement plongé dans l’obscurité) voire au film-apocalyptique (l’explosion promise en guise de climax final) en générant quelques trouvailles poétiques (les grenouilles dans l’appartement façon Magnolia) et en bousculant les repères géographiques (la femme, partie à l’étranger pour le taf, laisse les siens se débrouiller comme des pions sur un échiquier). On voit bien, ENFIN, par-dessous tout, la volonté d’instiller un climat ouaté et fantastique que viennent souligner les plans sur la tour façon Buffet Froid de Bertrand Blier comme les apparitions surnaturelles des parents morts du personnage joué par François Damiens ressemblant comme deux gouttes d’eau aux petits vieux de Mulholland Drive de David Lynch. Sans en avoir l’air, la présence récurrente de ces parents fantômes pose une question très contemporaine aux quadras de nos sociétés occidentales: quel monde d’idéaux les générations passées ont laissé aux générations actuelles? C’est un art de poser des questions profondes sous une apparence légère. Mais, comment dire, et c’est là où on ne voit plus rien, le film, jusque dans son affiche, est présenté comme une affreuse comédie téléfilmesque de Patrick Braoudé. Au risque d’être noyé dans la masse des sorties de toutes les semaines de tous les mois de toutes les années. Est-ce parce que notre époque prône le nivellement par le bas façon Morandini que nous devons pour autant nous mettre au diapason?

