Twist again dans le cinéma de genre ibérique. Pour ne pas être séparés, Jack, 20 ans, et ses frères et sœurs plus jeunes, décident de cacher à tout le monde le décès de leur mère qui les élevait seule. Ils se retrouvent livrés à eux-mêmes dans la ferme familiale isolée, mais bientôt, d’étranges phénomènes indiqueraient qu’une présence malveillante hante leur unique refuge…
Sans surprise. Qu’attendre d’un film réalisé par le scénariste de Juan Antonio Bayona? Et bien, un film du scénariste de Juan Antonio Bayona. Ni plus, ni moins. Comme un archétype de ghost story (qui n’en est pas vraiment une) sous verre, mariant l’épouvante frisson et le mélo mouchoir. Ce qui n’en fait pas un spectacle antipathique pour autant, que l’on s’entende bien: les premières minutes annoncent (volontairement?) une sorte de variante fantastique de Chaque soir à neuf heures (film qu’il faut voir absolument, tout de suite, maintenant, si ce n’est pas déjà fait), avec une tribu de gosses s’accrochant tant bien que mal au manoir familial après la mort de leur maman malade. On ne peut le nier, toutes ces petites têtes sont admirablement castées, têtes qu’on a déjà vu quelque part, tels que George McKay (le héros candide de Pride), Mia Goth (l’ado qui mettait sens dessus dessous Charlotte Gainsbourg dans Nymphomaniac), Charlie Heaton (le photographe à mèche de Stranger Things) et surtout Ana Taylor Johnson qui confirme une fois de plus sa place dans le genre avec son charme presque extra-terrestre. Gentiment attachant, Marrowbone l’est. Moins Spielbergien que Bayona, Sergio S. Chanchez fait de moins de chichi, mais vise l’élégance. Là où le château de carte s’effondre, c’est indéniablement sur la partie «fantastique», assaisonnée de jumpscares calamiteux, débouchant sur une idée déviante hélas bien mal exploitée. À force de raccrocher les wagons avec une certaine idée du drame fantastique à l’européenne (ou à l’espagnole hein autant le dire), Marrowbone révèle des ficelles qui ont bien 15 ans de retard, assorties par les violons de rigueur. En 2002, on aurait pu trouver ça charmant; en 2018, on n’a quand même l’impression d’être pris pour des trompettes.

