Huppert incompréhensible. Tout commence par une tempête de neige. Eva, troublante et mystérieuse, fait irruption dans la vie de Bertrand, écrivain prometteur. Cette rencontre va bouleverser Bertrand jusqu’à l’obsession et le fera glisser jusqu’à sa perte.
Eva, Elle a. Étonnamment distribué par Europa (la boîte de Besson), Eva est une transposition moderne d’un roman de James Hadley Chase que Joseph Losey avait adapté en 1962 avec Jeanne Moreau dans le rôle de l’intrigante, peu de temps avant La baie des anges (Jacques Demy, 1963). On salivait un peu devant la bande-annonce vaguement film-noir, vaguement film-SM avec le Ulliel vraisemblablement manipulé et la Huppert portant des perruques façon Bulle Ogier dans Maîtresse! D’autant qu’il est toujours passionnant de voir un réalisateur venu du cinéma d’auteur comme Jacquot s’aventurer dans le cinéma de genre, pas forcément incompatible avec un regard sensible.
Très vite, on comprend que Jacquot, en petite forme, essaye de lorgner vers Chabrol ou Clouzot. Et ça ne prend pas du tout. Pour trois raisons: 1. Le scénario, cadenassé dans des codes de film noir un rien vieillots, constitue un gros point noir, réussissant à être inutilement alambiqué et totalement clicheton, plein d’ellipses bizarres et de fausses pistes qui ne font pas avancer le schmilblick, donnant l’impression que l’on essaye de mettre de la fumée dans du brouillard. On veut bien qu’il faille apporter la part de mystère et d’invraisemblance comme dans Le Grand Sommeil (Howard Hawks, 1946) pour dire aux cartésiens qu’il n’est pas essentiel d’avoir tout compris pour apprécier, sauf que là, c’est raconté avec si peu d’ampleur qu’on n’apprécie pas le voyage. 2. C’est filmé comme une pub pour la MAAF, sans la moindre ambition cinématographique. 3. Les acteurs sont mauvais comme des cochons (Ulliel qui nous ferait presque regretter d’avoir cru en lui au moment du Saint Laurent de Bonello, Berry qui joue l’éditeur impatient à la manière d’un mauvais comédien jouant l’éditeur impatient dans les mauvais films français des années 80…). Et, ça fait mal au cœur d’écrire ça, Isabelle Huppert atteint les limites de la Huppertitude. Certes, c’est un festival pour celles et ceux qui portent la comédienne au pinacle depuis La Pianiste (Michael Haneke, 2001) pour sa capacité cinématographique à minauder, à changer de tête à mi-parcours, à gueuler, à insulter, à se déguiser et pire, à pousser la chansonnette (quelqu’un pour se dévouer?). Mais cette dimension parodique, ce second degré-là, Jacquot n’est pas assez queer pour la saisir. Et si on l’apporte volontiers, entre deux rires complices, elle ne suffit pas à pimenter ce téléfilm de luxe ayant le fâcheux mérite de sonner faux de sa première image à sa dernière.

