« Welcome home baby » de Andreas Prochaska (Etrange Festival 2025) : le berceau carnassier

Il est des villages qui aiment les enfants. Et d’autres qui les recrachent comme des noyaux de cerise trop acides. Welcome Home Baby, retour d’Andreas Prochaska derrière la caméra dix ans après Das finstere Tal, nous enfonce la tête dans cette matrice poisseuse où la province autrichienne se prend pour une mère nourricière et se révèle surtout ogresse cannibale. Judith, toubib pressée à Berlin, découvre à trente ans qu’elle vient de ce trou perdu près de Vienne, qu’on l’a jadis expédiée à l’adoption comme on jette une casserole fendue, et qu’elle hérite aujourd’hui de la baraque paternelle qui était aussi cabinet médical et confessionnal du bled.

Avec son mec, elle débarque dans ce décor en carton bouilli, déterminée à fourguer la baraque au plus vite. Mais l’auberge réservée en ligne se volatilise comme par magie et Judith se retrouve piégée dans la maison familiale, accueillie par une gouvernante restée collée au lieu comme une tache de vin sur un tapis. Les habitants, eux, l’aspirent sans pitié dans leur mémoire commune : on l’appelle déjà « Madame la Doctoresse », on la consulte comme si elle n’avait jamais disparu et son futur ressemble soudain à la redite gluante d’un passé qu’elle n’a jamais voulu retrouver.

La temporalité s’effiloche. Judith enceinte erre entre chambre d’enfant intacte, visions de forêts humides, réveils au milieu d’étangs vaseux. Comme si son corps devenait la marionnette d’un terroir qui refuse d’être oublié. Welcome Home Baby déploie ici sa vraie mécanique : une fable horrifique sur le retour aux origines, quand les racines deviennent chaînes et que la famille se change en secte douceâtre.

Prochaska, plutôt que de singer Haneke ou Hausner, préfère réanimer la bête du cinéma de genre pur jus. On pense à Midsommar pour l’engloutissement tribal, à Osgood Perkins pour la rigueur glaciale, le film garde une efficacité classique, sans surcharge pseudo-intello, mais s’étire parfois un peu trop. L’Autriche y retrouve ses cauchemars de province, entre maternité étouffante et héritage poisseux. En somme, un conte cruel où l’accueil familial ressemble moins à un câlin qu’à une noyade au berceau.

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