« 40 Acres » de R. T. Thorne (Etrange Festival 2025) : Apocalypse en friche

Il fallait bien qu’un jour le cauchemar capitaliste accouche de ses bâtards : terres ravagées, bétail réduit en poussière, guerres civiles en série. Dans ce désert post-fongique, R.T. Thorne plante la famille Freeman comme une mauvaise herbe récalcitrante : une maison, une grange, quelques gosses turbulents, et quarante acres de misère cultivée à la sueur noire et rouge des ancêtres. L’Amérique a pourri, mais eux labourent encore, sifflant aux fantômes, collant des talkies-walkies à leurs mômes comme on leur passerait un fusil d’assaut.

La matriarche Hailey, glaçante Danielle Deadwyler, est la gardienne acariâtre de ce petit royaume : pas de sourire, des ordres comme des gifles, et derrière la cuirasse, un trop-plein d’amour qui dégouline en discipline militaire. Face à elle, Manny, rejeton impatient, rêve d’évasion, préférant l’ombre d’une grange à l’héritage des ancêtres. Comme dans un roman d’Octavia Butler, le futur se déchire entre tradition et fuite en avant : les fils veulent brûler la terre qui nourrit, les mères dressent les remparts d’une mémoire impossible à diluer.

La mise en scène, toute de crépuscules et de bruissements morbides, fait surgir l’angoisse d’un simple froissement de feuilles ou du chuintement d’une lame sortie de son fourreau. Chaque fois qu’Hailey prévient son clan de « surveiller leurs arrières », le spectateur ricane : évidemment, c’est quand ils oublient que l’ennemi surgit, et on a envie de hurler comme devant un slasher cheap des années 80.

Bien sûr, le film titube, survivants intacts après trois coups de couteau, chansons pop échappées du streaming dans un monde ruiné. Peu importe. La vérité est ailleurs, dans ces instants de rage et d’espérance où les Freeman bricolent une survie avec la tendresse d’une rafale. La fin, trop propre pour être honnête, offre une victoire sans perte, mais qu’importe : au cinéma, même la fin du monde a droit à son happy end, surtout quand il germe dans la boue et le sang des quarante acres.

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