Le mec, il est pas comptable! Petit génie des mathématiques, Christian Wolff est plus à l’aise avec les chiffres qu’avec les gens. Expert-comptable dans le civil, il travaille en réalité pour plusieurs organisations mafieuses parmi les plus dangereuses au monde. Lorsque la brigade anti-criminalité du ministère des Finances s’intéresse d’un peu trop près à ses affaires, Christian cherche à faire diversion : il accepte de vérifier les comptes d’une entreprise de robotique ayant pignon sur rue. Problème : la comptable de la société a décelé un détournement de fonds de plusieurs millions de dollars. Tandis que Christian épluche les comptes et découvre les rouages de l’escroquerie, les cadavres s’accumulent…
Dommage collatéral. On aimait bien le concept de base consistant à glisser Ben Affleck dans la peau de monsieur tout le monde cachant en fait une double-vie: comptable sinistre et insoupçonnable le jour, tueur écoutant Slipknot à fond dans sa chambre la nuit. C’était avant de voir cet actioner annulant au bout de cinq minutes ses promesses politiquement incorrectes et balançant son récit à la gueule du péquenot, un peu à la manière des récents films de super-héros. C’est devenu la nouvelle méthode d’exécution made in Warner: faire du cinéma indépendant avec des moyens de super-productions, soit manufacturer des produits conçus comme d’interminables bandes-annonces alternant scènes d’action et pics mélodramatiques. Le studio nous avait d’ailleurs déjà fait le coup l’an passé avec Strictly Criminal (Scott Cooper, 2015) où Johnny Depp cherchait son petit contre-emploi dans une production aussi ambitieuse sur le papier que contre-productive à l’écran. C’est désormais une formule déclinable à l’envi façon bourrage de mou, avec une star devant la caméra et un yes-man derrière.
Fort du succès surprise de Argo qu’il avait réalisé et qui avait réuni spectateurs et presse, Ben Affleck est désormais le nouveau patron de Warner, ex æquo avec Christopher Nolan. La mauvaise nouvelle, c’est que Ben, lui, fait l’acteur en de trop nombreuses occasions et qu’il souhaite devenir le nouveau Tom Cruise. Et si avec l’échec de Jack Reacher 2, Ben avait une autoroute, il la prend en sens inverse, ravivant pour le prétendu fun un genre que l’on espérait enterré (les mauvais DTV des années 90). Comme acteur, il rejoint les robots stars des blockbusters asexués, ne possédant pas l’abîme dans lequel le pékin moyen – donc vous/moi/nous – peut se reconnaître et contournant le potentiel toxique de son caractère (un tueur, oui, mais pas comme les autres) pour sauver la veuve et l’orphelin. Question personnage féminin, la mimi Anna Kendrick rejoint la virilisée Cobie Smulders au rayon des potiches victimes de la misogynie Hollywoodienne pour mettre en valeur des acteurs blancs jouant des héros hétérosexuels.
Enfin, on notera que Mr Wolff/Ben Affleck partage avec Jack Reacher 2/Tom Cruise la même vacuité psychologique, filant avec une absence totale de vraisemblance vers un climax que l’on jurerait calqué sur celui de la première saison de Dexter.

