Ceux qui s’étonnent ou s’offusquent que Mylène Farmer fasse partie du jury du Festival de Cannes devraient faire profil bas. Ils n’étaient pas nés lorsque la chanteuse défendait Les diables de Ken Russell et Requiem pour un massacre de Elem Klimov, seule contre tous, face à un Michel Denisot englué dans le malaise. Tout est chaos, qu’elle chantait.
Bimbamboom, quelques heures après avoir annoncé sa tournée d’adieu (?) sous le signe d’un corbeau au grand plumage, Mylene Farmer déboule dans le jury cannois! Stupéfaction: il a fallu alors se frayer un chemin entre les fans hystériques (qui la poursuivront probablement jusque dans les sous-sols du Grand Palais, ce qui nous vaudra peut-être de grands moments), les ravi(e)s, les outré(e)s (KESTUFOULA) et les réfractaires scandalisé(e)s qui se sentent encore obligé(e)s d’expliquer qu’ils/elles ne sont pas fans de la Farmer. Le parcours de la vilaine fermière semble de prime abord assez éloigné du monde du cinéma, qu’elle n’a croisé que rarement en temps qu’actrice: le légendaire four gothique Giorgino de Laurent Boutonnat, le très méchant Ghostland de Pascal Laugier et quelques doublages pour Besson et ses minimous. C’est peu, diront les sceptiques. Mais on pourrait également les confondre en leur sommant que le Farmer universe a été continuellement perforé par l’obsession cinématographique.
Cela va bien sûr des mega-clips de Lolo Boutonnat, plus proches du court-métrage que de la pure promo décorative (Libertine fut diffusé par exemple sur les Champs-Élysées: combien de vidéo-clips ont pu se permettre un tel privilège?) à la cascade de références musicales: sample des Liaisons Dangereuses (Beyond my Control) ou de Elephant Man (Psychiatric), hommage à Garbo (Greta) ou à La fille de Ryan (L’amour naissant), mais aussi un CV clips qui la fera tourner avec Abel Ferrara (California), Ching Siu Tung (L’âme stram-gram), Luc Besson (Que mon coeur lâche), Pascal Laugier (City of Love), Olivier Dahan (Bleu Noir) ou Agusti Villaronga (Fuck Them All). Derrière la pose mystère, elle ne triche pas: sur le plateau de Canal en 1987, face à un Michel Denisot confus, Mylene criait son amour pour Les diables de Ken Russell (auquel sa chanson Agnus Dei renvoie) et Requiem pour un massacre de Elem Klimov, extraits à l’appui. A peur le Michel. Nous on signe.
Mylène Farmer, membre du jury à #Cannes2021. Dans l’émission « Mon Zénith à moi » de Michel Denisot en 1987, la chanteuse, assise à côté de Zouc, défendait l’un des plus grands films de tous les temps : « Requiem pour un massacre » de Elem Klimov. pic.twitter.com/mU5pBfTfcS
— CHAOS (@sicksadchaos) July 4, 2021
Celle qui nous susurre que tout est chaos, EST chaos, malgré le virage apaisé de sa carrière au carrefour des années 2000, qui lui ont fait emprunter des chemins plus polis et accessibles. Ce qui surprend le plus dans cette virée inattendue sur le tapis rouge, c’est l’envie de discrétion qui se barre. Peut-être avait-elle envie de goûter au chaos cannois avant de prendre le large vers des années apaisées, pour ne pas avoir de regrets. On imagine fort qu’elle attend aussi impatiemment que nous Benedetta, typiquement le genre de récit blasphématoire et cul dont elle aurait rêvé avec son comparse Boutonnat dans les années 80. Benedetta, c’est mouaa-aaaaaa-aaaaaa…

