Au début des années 80, dans l’Afrique du Sud de l’Apartheid, Nicholas est envoyé du haut de ses 16 ans au service militaire obligatoire. Et il est à 100 000 lieux de cet univers macho macho men. Pire encore, l’atmosphère sinistre du pays donne du pouvoir aux généraux pour entretenir homophobie et racisme: les homos, les «moffies», font partie des bêtes noires de de la nation. Au milieu des paysages arides comme les âmes, le garçon perçoit pourtant une certaine tension avec un camarade, parfois une forte complicité avec un autre. Impossible de ne pas être vu, impossible de se dérober, impossible d’être soi.
Il faut dire que son réalisateur Olivier Hermanus aime (un peu trop?) les sujets difficiles, sans toutefois céder aux sirènes de la provocation. Il y a une dizaine d’années, il signait Beauty, une queer palm terrifiante où une ordure, noyée dans un désir inassouvi, allait jusqu’à commettre l’irréparable. Pas le genre de film qu’on aime voir tous les jours. Moins rude (façon de parler), Moffie explore l’univers militaire comme une impasse, un cocon mortifère, où la virilité est célébrée jusqu’à la nausée. Mais on connaît la chanson, surtout si on s’est déjà aventuré du côté de La marche triomphale (toujours à réévaluer) ou de Full Metal Jacket (vu et revu, mais toujours implacable). Les humiliations, les silences, la douleur, la laideur de la guerre. On sait. Un peu de musique classique pour faire passer la pilule? On a l’habitude aussi. Malgré le goût de la belle image pour faire contrepoint à l’horreur, on reste un peu glaçon, jusque dans le rapport aux corps (rebelotte, on repense à Beau Travail de Claire-doesn’t-Care) timoré, lointain, prudent. J.M.


