On avait perdu de vue le grand Mamoru Oshii, du moins en occident, depuis la fin des années 2000 et la sortie en DVD de The Sky Crawlers, film de guerre dystopique inégal, à l’animation toutefois ébouriffante. La dernière décennie a doucement plongé le génial créateur de Patlabor, Stray Dogs et Ghost in the Shell dans l’oubli, nous épargnant la sortie en France de Garm Wards: The Last Druid, live action movie avec Lance Henriksen à la réputation désastreuse (les images du film visibles sur Youtube font peur). Après un hiatus de 7 ans, il signe son grand retour avec une série animée de 12 épisodes, Vlad Love, diffusée en France en simulcast sur la plateforme Crunchyroll – en attendant une sortie DVD ou une acquisition TV ou SVOD.
Comme son nom le suggère, Vlad Love est un récit vampirique, qui traite, comme seul le Japon sait faire, de la rencontre entre une vampire centenaire d’Europe de l’est, Mai Vlad Transylvania, et une lycéenne japonaise, Mitsugu Bamba. Si la série charme de prime abord par son dessin soigné, notamment dans ses décors et ses ambiances très picturaux, elle laisse vite perplexe son spectateur. En effet, Vlad Love fait dans le fan service douteux. Traduction: la série est jonchée de filles aux formes surréalistes, dénudées, agissant de manière très «sexy». Vlad Love serait-il le délire pervers d’un néo-soixantenaire? Durant au moins les deux premiers épisodes, et la présentation des principaux protagonistes, le doute est permis.
Fort heureusement, Vlad Love est une œuvre de Mamoru Oshii, maître du récit alambiqué, philosophique et érudit, parfois à l’extrême. Cette nouvelle création n’échappe évidemment pas à la règle et révèle toutes ses richesses au fil des épisodes. Derrière ses apparents aspects de fan service, Vlad Love est une romcom lesbienne, absurde et méta. Mamoru Oshii déjoue le scénario typique du genre, à la Love Hina (un jeune héros héritant d’un hôtel remplie de jolies jeunes filles) en faisant le récit d’une sororité inattendue, seulement dérangée de rares fois par un groupe de garçons réduits à un gimmick comique bien débile (les hommes sont d’ailleurs réduits à des comportements de porcs, inaptes à l’amour).
Vlad Love est la comédie made in Mamoru Oshii, souvent confuse, bordélique, souffrant parfois d’une animation limitée au niveau des personnages (la série est produite par un petit studio japonais), mais fourmillant d’idées narratives et visuelles folles. Chaque épisode a d’ailleurs sa patte graphique. Parmi les éléments les plus fous recensés dans les 12 épisodes de cette première saison, on retiendra l’épisode 7, hommage à La Nuit Américaine de François Truffaut, et au film dans le film, «Je vous présente Pamela». Ou encore aux épisodes 9 et 11, faisant écho respectivement au Frankenstein de James Whale et à L’Etrange créature du lagon noir de Jack Arnold. Mais le plus beau des épisodes restera certainement le huitième, construit comme un mash up des chefs-d’œuvre de Tsuge Yoshiharu, empruntant son style visuel sombre et dystopique. Imparfaite, Vlad Love n’en reste pas moins une bouffée de fraicheur (ré)créative qui remettra, on l’espère, Mamoru Oshii sur le devant de la scène. M.B.

