[HAL HARTLEY] French Mandico, lovely Elina

[BERTRAND MANDICO RÉDACTEUR EN CHEF] Le réalisateur de Trust me avait envie de parler de Bertrand (Mandico) et de Elina (Löwensohn)

«Les films de Bertrand Mandico me réjouissent, m’effrayent et m’invitent à voir le monde autour de moi différemment. C’est, je pense, ce qui constitue le pouvoir de la poésie. Et je pense que c’est ainsi que l’on mesure le succès du poète: lorsque son langage peut être lu, vu, entendu ou ressenti par des gens qui nagent dans des eaux très différentes.
Les films de Bertrand Mandico me procurent cette sensation. Un paysage imaginaire qu’il orchestre, le trouble émotionnel qu’il confère, l’attention sans faille qu’il accorde à la composition et à la décomposition des corps. La tendrement féroce expression de la vulnérabilité et du désir sexuel constitue, pour moi, une inconnue parfaite. Mais il me propose de la connaître, m’invite à le suivre.
Bertrand a fait beaucoup de films avec Elina Löwensohn que j’ai si souvent dirigée et que je considère comme une sœur. Donc il y a, au moins, un visage familier en lequel j’ai confiance et que je suivrai. Mais avec émerveillement et terreur! Mandico et Löwensohn poursuivent les aspects les plus singuliers de l’actrice que moi-même – probablement parce que je suis une sorte d’américain trop soucieux des apparences – je ne m’autoriserais jamais à explorer.
C’est vraiment une paire remarquable de talents.
Je vois Mandico comme un héritier des poètes maudits français, ceux de l’Europe de l’est et du réalisme magique russe. Je ne lis pas beaucoup de critiques de cinéma, donc je ne suis pas sûr si j’ai coché la bonne sous-catégorie pour critique. “Le réalisme magique russe et de l’Europe de l’est”. Mais ce que je veux dire par là, par exemple, c’est Tarkovski en Russie (en particulier Le Miroir et Stalker), Sergei Parajonov en Arménie et Walerian Borowczyk en Pologne – lui qui a si souvent inspiré Mandico. Mais Mandico est aussi si irrépressiblement FRANÇAIS. Et c’est dans son langage si joliment charnel, combiné avec les monstrueuses douceurs de ses images, que je peux entendre les échos de Lautréamont, Baudelaire et Rimbaud. A mon avis, son cinéma agit exactement comme ce que dit Elina Löwensohn au début de Prehistoric Cabaret: “Ce que vous allez voir pourrait changer votre perception de l’existence”, Löwensohn nous avertit et fume. Puis, s’arrêtant pour nous laisser infuser cette phrase, elle continue : “Il est toujours temps de partir”.
Mais elle sait que l’on ne partira pas.» H.H.

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