JENNIFER JASON LEIGH STORY #01

Anorexique, sourde-muette, sociopathe, poétesse, psychopathe, prostipute, droguée… Princesse violée, serveuse écartelée, maman addict au téléphone rose, sœur décapitée, avocate dépressive, potiche pour frère Baldwin, fantôme pour Kubrick… Jennifer Jason Leigh a TOUT joué.

Première partie de notre STORY consacrée à une actrice plus CHAOS tu meurs.

Le super cinéphile Quentin Tarantino a toujours eu du flair. Par chance, il s’est souvenu qu’une actrice formidable et hélas sous-exploitée existait. Jennifer Jason Leigh figure au casting de son long métrage, Hateful Eight. Ce qui est sûr, c’est que JJL ne choisit pas ses projets au hasard. Depuis des décennies, elle a cette force de caractère qui la prive de toutes les tentations mode et cet instinct de préservation qui, par exemple, l’autorise à ne rien dire de sa vie privée aux médias, en particulier lorsqu’elle était au faîte de sa gloire dans les années 80-90 : « J’ai toujours eu une vie paisible mais je n’ai jamais voulu parler de ma vie privée. Tout simplement parce que je tiens à me préserver, vous devez avoir quelque chose qui vous appartient lorsque vous faites ce métier. Les seules choses que les gens savent sur moi? Que j’adore lire, aller au cinéma et que j’ai eu un chien qui s’appelait Bessy”. C’est ce qui s’appelle mettre les films en valeur et non se mettre en valeur. Une sobriété qui, à notre sens, rend ses prestations au cinéma doublement intenses. Et bon sang, elle a raison de se – et de nous – respecter en conservant cette si précieuse part de mystère.

En vrai, Jennifer Jason Leigh s’appelle Jennifer Lee Morrow et si elle a changé de nom, c’est tout simplement pour rendre hommage à un ami de la famille, un certain Jason Robards. Enfant de la balle, fille de l’acteur Vic Morrow et de l’actrice-scénariste Barbara Turner, qui divorcent deux ans après sa naissance, Jenny fait ses premiers pas devant la caméra du réalisateur Reza Badiyi, accessoirement son beau-père, dans Death of the Stranger (1973). Quand on lui parle de cette première apparition, Jennifer s’exprime, enjouée mais sans sourire (faut pas déconner non plus) : « Oui, c’était un tout petit rôle. Je me souviens que pour ces premières fois, j’étais effrayée et en même temps j’adorais ça. Je voulais être nulle part ailleurs et en même temps ça m’impressionnait beaucoup.” Ce qu’elle veut dire, entre les lignes, c’est qu’elle avait peur de la caméra, pas encore amie ni même apprivoisée. Cela, c’était avant, dans les années 70 quand Jennifer n’était pas encore Jenny la libérée, Jenny la débauchée, Jenny la détraquée et que sa carrière se révélait plate comme la mer en Méditerranée.

On veut bien noter dans son CV quelques apparitions dans des babioles insignifiantes, des séries télévisées ou téléfilms comme Baretta, suivi d’un rôle dans la série Young Runaways, produite par Disney. Elle, comme nous d’ailleurs, se moque de cette décennie où une autre folle nommée Linda Blair était ZE superstar du chaos, vomissant sur ses partenaires et s’enfonçant un crucifix là où vous savez. Il est vrai que Jenny aurait fait des merveilles de « chaosserie » sous l’égide de William Friedkin. Son heure ne viendra qu’à l’aube des années 80. En attendant, elle a appris : « Ne vous méprenez pas, j’ai adoré jouer pendant cette période parce que j’étais très timide, très renfermée sur moi-même; donc ça m’a apporté beaucoup. Jouer pour les enfants c’est comme jouer à la maison. Et grandir à Hollywood m’a semblé possible, parce que je trouvais ça normal et que je n’avais pas le recul nécessaire pour voir que ce n’était pas si normal, en fait. »

Premiers rôles d’ado anorexique et de sourde-muette : CHAOS

Très tôt, Jennifer Jason Leigh veut prouver qu’elle en a. Ainsi, on la découvre sourde-muette dans le slasher Appel au meurtre et surtout en ado anorexique dans The Best Little Girl in the Worlden 1981, un rôle qu’elle a obtenu suite au désistement de la star de l’époque, la surdouée Jodie Foster. Et déjà, Jennifer se métamorphose, tripale comme on l’aime, perdant 10 kilos pour son rôle. On est anorexique ou on ne l’est pas. Cette expérience est si formatrice qu’elle abandonne ses études et ses profs qui tentent de savoir si elle est logique dans un monde Kafkaïen. Son premier gros hit s’avère un stoner movie générationnel Ça chauffe au lycée Ridgemont (1982) où l’on assiste à l’émergence d’autres mini-vedettes, des garçons et des filles de son âge : Sean Penn, Phoebe Cates, Forest Whitaker, Judge Reinhold ou encore Ray Walston qui, depuis, ont eu la carrière qu’il méritait. Pour l’anecdote (et pour crâner un peu aussi), sachez que le scénario était écrit par Cameron Crowe, adapté de son propre roman et de ses propres expériences au lycée de San Diego. Les ados adorent cette bande autant que Punky Brewster. Et on est tous content de découvrir cette jeune comédienne dont on ignore encore tout le potentiel chaos.

Au même moment, dans la vraie vie de Jennifer Jason Leigh, le 23 juillet 1982, une tragédie a lieu. Son père meurt accidentellement le dernier jour du tournage de La quatrième dimension dans des conditions épouvantables : lors d’une scène de bataille, un hélicoptère chute sur le plateau et Vic Morrow est décapité par les pales. Deux autres acteurs (Myca Dinh Le et Renee Shin-Yi Chen) y ont également trouvé la mort. Cela appartient à sa vie privée, JJL n’en parlera jamais en public. Tout juste sait-on que sa famille et elle-même ont porté plainte contre Warner, le réalisateur John Landis et le producteur Steven Spielberg. En 1983, JJL n’a que 20 ans et le cinéma la sauve de l’innommable. Elle profite de sa notoriété acquise avec Ça chauffe au lycée Ridgemont pour tester sa star attitude et jouer la fille de Rodney Dangerfield dans une comédie dans laquelle elle a un rôle minuscule mais qui doit la rendre rouge de honte aujourd’hui, Easy Money. Puis elle tourne l’année suivante dans le non moins médiocre Grandview USA où elle côtoie de la star, Jamie Lee Curtis, Patrick Swayze et le jeune C. Thomas Howell, qu’elle retrouvera des années plus tard dans Hitcher

Tellement hot qu’elle finit dans Playboy, aimée puis écartelée dans deux films par Rutger Hauer: CHAOS

En 1985, Jennifer Jason Leigh devient la maitresse de tous les fantasmes masculins dans le super chaud La Chair et le Sang de Paul Verhoeven où elle incarne une princesse pucelle puis dépucelée puis violée puis perverse. Un film réalisé par un génial obsédé sexuel Hollandais venu aux États-Unis pour porter atteinte au puritanisme. Une expérience tellement hot que des clichés figurent carrément dans Playboy. Dans une scène de viol, Jennifer, alors vierge mise à nue, encerclée par les barbares, parvient de manière assez incroyable à inverser les rapports de force. Sous l’égide de Paul Verhoeven, Jennifer Jason Leigh et Rutger Hauer, génialement à l’aise lors des corps-à-corps, forment un couple anti-Hollywoodien dont tous les sentiments sont guidés par la vénalité, l’opportunisme, la perversité, la manipulation. Et on les adore.

A la fin de La chair et le sang, Rutger perd, Jennifer triomphe. L’année suivante, dans Hitcher, Rutger devenu psychopathe retrouve Jennifer devenue serveuse et il l’écartèle entre deux camions. On a l’impression qu’il a traversé le temps et l’espace pour se venger. C’est d’ailleurs uniquement pour Rutger Hauer que Jennifer a accepté de jouer dans Hitcher et pas nécessairement pour C. Thomas Howell avec qui elle avait déjà tourné dans Grandview USA, contenant il est vrai des scènes moins intimes. Si vous lui parlez de Robert Harmon, il est possible qu’elle ne sache même pas de qui il s’agit. [Fin de la première partie]

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