[CRITIQUE] HABEMUS PAPAM de Nanni Moretti

Comme Marco Bellocchio avec Le sourire de ma mère, Nanni Moretti reprend la célèbre phrase de Luis Buñuel («Dieu merci, je suis athée !») pour raconter la crise de foi d’un pape. Une première réunion du Conclave (chaque cardinal prie secrètement pour ne pas être l’élu) annonce la couleur hilarante. Lorsque le nouveau Pape s’apprête à faire son premier discours, il pousse un cri d’effroi dans la coulisse, comme s’il venait de voir le diable. Incapable d’assurer ses fonctions, il s’évade dans Rome en pleine fugue métaphysique. Pendant ce temps, le secrétaire fait croire aux médias et aux cardinaux que le pape prie dans ses appartements. Comme acteur, Nanni Moretti s’octroie le rôle du psychanalyste qui démolit l’esprit de sérieux et conseille les cardinaux qui prennent des antidépresseurs, dansent amusément sur de la musique ou jouent au volley-ball. Comme réalisateur, il invite le pape Piccoli à errer dans les rues, à la rencontre du monde et à la recherche de l’essentiel, loin de ses conseillers et de sa tour d’Ivoire.

A un moment donné, le Saint-Père tombe sur une troupe de théâtre qui joue Tchekov. C’est autant une médiation sur les apparences, comme Antonioni pouvait en proposer dans Blow Up (1969), pour déterminer la limite entre l’art et la réalité, la folie et la raison, qu’un hommage secret à Piccoli-acteur-homme, pour son jeu et son épaisseur humaine, de la dernière race de ces grands acteurs en voie d’extinction. Il y a aussi du Fellini dans cette farce où Moretti se moque de lui-même (a-t-il encore la foi en ce qu’il raconte, comme cinéaste?) et parle de la religion comme de la mort du monde du spectacle. Il ne faut pas en mésestimer le versant tragique: une réflexion plus profonde qu’il n’y paraît sur la perte de la spiritualité dans un monde où chacun essaye de dominer, de prendre le pouvoir, de se vendre ou de passer pour une référence sans en avoir les compétences. C’est en tout cas ce que traduit la dernière scène, sorte de climax très intense qui donne une réponse définitive, désespérée et presque émouvante aux questions que chacun se pose.

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