[EUPHORIA SAISON 2] Un simple premier épisode… et c’est déjà le coup de foudre

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La saison 2 d’Euphoria commence tel un feu d’artifice avec un premier épisode magistral, scellant les retrouvailles avec des personnages qu’à l’exception de Rue/Zendaya et Jules/Hunter Schafer, nous avions laissés en 2019 – soit avant le Covid.

On s’en souvient presque plus, mais la saison 1 d’Euphoria est sortie il y a plus de deux ans (sur HBO, en juin 2019). Presque une éternité. Est-ce dû au fait qu’à l’époque, le Covid-19 n’existait pas? Que nous n’étions pas tous masqués? On ressent un vrai plaisir à la perspective de retrouver début 2022 cette explosion d’audaces qui nous avait manquée, tous ces personnages de post-ado californiens aussi beaux que défoncés, aussi fragiles que rongés par des vices. Ce qui frappe au moment de lancer le premier épisode, c’est à quel point la virtuosité du réalisateur Sam Levinson (aux manettes de tout, du scénario à la mise en scène) demeure intacte, jouissive jusque dans sa gratuité, là où l’on pensait justement qu’il avait freiné sur les effets de style et autres mouvements de caméra tournoyants (Malcolm & Marie, les deux épisodes spéciaux de Euphoria). En fait, pas du tout: cet appétit de filmer resplendit dès l’introduction qui, surprise, prend les atours d’un flash-back sur l’enfance d’un personnage jusqu’ici secondaire dans la série, à savoir le trafiquant de drogue Fezco (Angus Cloud). Il s’agit de détailler précisément, et avec un sens sûr du glauque, de la dérision et de l’indécence, son éducation de rebelle auprès d’une grand-mère gangster (queen Kathrine Narducci), viseuse de bonne aventure.

L’héroïne de la série (Rue/Zendaya) veille, elle, à la narration, en voix-off, à la fois effacé et au cœur de ce qui se joue, comme son personnage qui circule entre les gens sans élire de groupe. C’est évidemment malin de commencer comme ça: il s’agit d’un pied de nez (un personnage secondaire devient le personnage principal) qui incite à ne pas se fier aux apparences d’un simple prolongement de la première saison, avant de réunir petit à petit tout le monde le temps d’un climax: un réveillon de fin d’année aux allures de fête de fin du monde (voire de fin d’un monde) où, là aussi, un autre personnage, qui était lui aussi relégué au second plan dans la première saison, prend de la valeur: Lexi (Maude Apatow), la sœur cadette de Cassie (Sydney Sweeney), meilleure amie d’enfance de Rue (Zendaya donc). Et s’il y a bien de ça (toxicomanie, monologue intérieur, amours compliquées et toxiques etc.), ce ne sera pas que de ça dont il s’agit.

Le réalisateur et producteur Sam Levinson ne laisse rien au hasard. La musique qu’il emploie lance parfois des clins d’œil cinéphiles (Jump Into the Fire de Harry Nilsson, déjà dans Les Affranchis), la mise en scène aussi (beaucoup de Brian De Palma et de Quentin Tarantino). Mais, comme dans les précédents volets, toute cette épate reste un bel écrin pour s’y paumer. On retrouve ainsi dans ce premier épisode tout ce que l’on adorait déjà dans la précédente saison, à savoir cette capacité qu’ont les personnages à traduire l’exact inverse de cette mise en scène hyper-stylisée et sûre de ses effets – rien d’euphorique dans Euphoria, ne l’oublions jamais; soit, toutes leurs failles. Alors qu’à quelques mètres, la fête du 31 bat son plein, il y a cette confidence de la fragile Cassie (Sydney Sweeney, vue dans The White Lotus) avouant: «Je ne sais pas si je suis une bonne personne». Dans Euphoria, plus personne ne sait qui il/elle est, ni où elle/il en est, à l’aube d’une nouvelle année et d’une nouvelle vie, dans cette soirée où fusent tant de confusions et de tensions, sexuelles mais pas que – le playboy pervers du lycée Nate (Jacob Elordi) en fera les frais. Conçue avec ce même art consommé consistant à séparer les individualités du groupe et à, dans ces moments-là, provoquer des révélations ou des montées soudaines d’émotion, les (sublimes) retrouvailles Rue-Jules (Zendaya/Hunter Schafer), trop longtemps séparées, isolées entre deux épisodes distincts, servent d’exutoire au ressac, cette amertume laissée sur un quai de gare à la fin de la saison 1.

Le passé ne passe pas. Mais les personnages évoluent, grandissent, changent. Les discrets d’hier se révèlent, les plus confiants se mettent à douter, les regrets commencent à tomber – la belle discussion au bord de la piscine entre Jules/Hunter Schafer et Kat/Barbie Ferreira, réalisant au fond qu’elles sont passés à côté l’une de l’autre et que les espoirs ont été grands, et déçus. Avant les douze coups de minuit, c’est la fameuse métamorphose des Cendrillon, la bascule où la pom-pom girl et le playboy du bahut réalisent leur date de péremption, ce glas qui a sonné pour les beautés arrogantes. Et qui rebat soudain toutes les cartes d’horizons. Dans cette soirée aux couloirs labyrinthiques, on enfonce des portes de solitude comme on tombe sur de nouvelles rencontres (Elliot, joué par Dominic Fike, qui sera la nouvelle recrue et qui sera le nouveau confident de Rue). Preuve que le futur s’ouvre à tous dans ce grand chaos, il sera triste, il sera douloureux comme il sera beau. T.A.

Moins de 24 heures après sa diffusion aux Etats-Unis, ce premier chapitre d’Euphoria saison 2 est disponible en France depuis le 10 janvier sur la plateforme OCS. Sept autres épisodes suivront, à raison d’un épisode par semaine. 

1 COMMENTAIRE

  1. Superbe critique qui donne envie de se replonger dans cette série gros coup de coeur de 2019 (quelle année pour les séries)

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