Albert Dupontel ne fait jamais rien au hasard. A la base de « 9 mois ferme », son nouveau film, il y a un film : « 10ème chambre, instants d’audience ». C’est une influence évidente et nommément citée jusque dans l’apparition en juge de Michèle Bernard-Requin, elle-même juge filmée par Raymond Depardon. De cette base documentaire, Dupontel a conçu une comédie noire qui ne connaît pas la tiédeur; et ce genre de geste est rassurant à une époque pusillanime où il importe de ne froisser aucune sensibilité.
Dans les faits, Dupontel a juste filmé le Palais de Justice comme un asile où les juges sont aliénés et les inculpés, plus humains et moins effrayants qu’un système tendant à exclure les esprits fragiles. C’est une manière décalée d’inviter à voir au-delà des apparences et de croquer un monde injuste et atroce : au lieu de s’en lamenter, il vaut mieux en rire. A l’aune de ce principe, le discours est sérieux, le traitement délirant.
Passé un plan-séquence inaugural, Dupontel continue d’expérimenter avec des cadrages, des jeux de lumière et de focales. Surtout, il se concentre sur l’action et les personnages sans s’embarrasser de psychologie ou de digressions. Derrière la farce et le Grand-Guignol, se cachent les obsessions de Dupontel cinéaste (l’origine, l’hérédité, la paternité) ainsi que ses péchés-mignons : Nicolas Marié, Gilles Gaston-Dreyfus, Philippe Duquesne, Bouli Lanners, Philippe Uchan, Yolande Moreau en seconds couteaux; Terry Gilliam, Michel Fau, Gaspar Noé, et Jan Kounen en guest.
On retrouve son appétence pour l’humour trash dans le cadre d’une comédie accessible à tous, courte (seulement 1h20) et hyper-efficace. C’est une manière de rassurer ceux qui s’inquiétaient de voir Dupontel s’assagir. Aujourd’hui, une comédie macabre comme « Bernie » serait impossible à faire – déjà qu’il était difficile de la réaliser dans les années 90. Pour autant, cela rappelle que s’il semble avoir évolué, Dupontel est resté le même.
Il n’est pas interdit de voir en « 9 Mois Ferme », conçu par un esprit inventif et indépendant, une sorte de film-somme tout en autocitations (beaucoup du « Créateur » et de « Enfermés dehors »), en dialectique (différence et répétition, humour et tragique), d’une générosité et d’un enthousiasme contagieux. Face à un Dupontel en monstre clownesque qui découvre naïvement sa paternité, il y a Sandrine Kiberlain qui, dans un personnage de juge ingrat et rigoriste d’un bout à l’autre, apporte un décalage adéquat entre le sérieux de la fonction et l’absurdité des événements. Elle révèle une drôlerie nonchalante que l’on a souvent soupçonnée mais que l’on n’a jamais vue aussi éclatante.

