Une vieille dame au fort tempérament, sa femme de ménage Cap-Verdienne et sa voisine dévouée à de bonnes causes partagent le même étage d’un immeuble à Lisbonne. Lorsque la première meurt, les deux autres prennent connaissance d’un épisode de son passé : une histoire d’amour et de crime dans une Afrique de film d’aventures.
Sans prévenir, le réalisateur portugais Miguel Gomes (« La gueule que tu mérites » et « Ce cher mois d’août ») vient de signer avec « Tabou », dès mercredi dans les salles, un petit miracle. D’autant plus charmant qu’il est inattendu, d’une discrétion totale. Le film est divisé en deux parties : une première froide et ancrée dans le réel du présent (le Portugal en plein hiver), une seconde chaude et quasi-muette plongeant dans les volutes du passé (l’Afrique en pleine chaleur). Cette construction narrative peut sembler artificielle. Mais elle provoque exactement le même envoûtement magique et la même force onirique que dans les films d’Apichatpong Weerasethakul (« Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures », Palme d’or au festival de Cannes) qui, eux aussi, racontent des histoires d’amour impossibles dans la jungle des souvenirs.
En résulte un mélodrame simple et accessible à tous, qui va jusqu’au bout de ses parti-pris stylistiques radicaux, refuse le pathos et prêche le faux pour traquer la vérité des rapports humains. Ne croyez pas pour autant qu’il s’agisse d’un énième objet mode de petit malin poseur. Ce « Tabou », fantastique au propre comme au figuré, possède une résonance universelle, ravive les fantômes, croit au pouvoir des images, joue en permanence avec le spectateur. Sous son apparence théorique, une œuvre totalement ludique, mue par un amour fou du cinéma, que les intuitions, les idées de mise en scène, les dialogues divinement écrits et les décrochages merveilleux rendent unique.

