Toujours sous influence de Luis Buñuel, le réalisateur François Ozon raconte au gré de quatre saisons et de quatre (belles) chansons de Françoise Hardy ce qui se passe dans la tête d’une adolescente de 17 ans issue des beaux quartiers. Un portrait de femme un peu paumée – sa spécialité pour en avoir souvent fait, de « Regarde La Mer » à « Sous Le Sable » – plongeant sans fard dans les arcanes du désir féminin. Le personnage principal se prostitue non pas pour l’argent mais pour des raisons plus intimes, plus complexes. Et chaque saison correspond à une mini-métamorphose, à une émotion différente et diffuse, inexplicable avec des mots.
Refusant la psychologie, le jugement ou la provocation facile, Ozon construit une quête de soi par les sens. Lui qui a toujours aimé alterner les gros films (« Huit Femmes », « Potiche ») et les petites productions (« Le Refuge », « Le temps qui reste ») a signé ce portrait mélancolique avec toute la sensibilité qu’on lui connait depuis son moyen métrage « La Petite Mort ».
On peut s’amuser à comparer ce film-ci avec les premiers longs métrages d’Ozon, à une époque où il agissait comme un enfant terrible du cinéma français, comme « Les Amants Criminels » (1999) dans lequel déjà le désir consumait au-dedans des adolescents. S’il avait dû traiter « Jeune et Jolie » à cette époque (plus de dix ans), le traitement aurait été différent, plus trash, abrasif et rentre-dedans. C’est aussi la preuve du changement d’un cinéaste en constante évolution mais qui court aussi après son grand film. Petit Ozon donc mais grande révélation au regard triste et au corps indécis : Marine Vacht. Aussi lumineuse que Ludivine Sagnier dans « Gouttes d’eau sur pierres brûlantes ».
Le choix de Marine Vacth n’était pourtant pas évident, l’actrice a 23 ans, soit six de plus que son personnage : « très vite, comme pour le jeune garçon de Dans la maison, je me suis aperçu que c’était mieux de travailler avec une actrice un peu plus âgée pour le rôle afin qu’il y ait une maturité et une distance avec le personnage » explique François Ozon dans le dossier de presse du film. Il l’avait remarquée dans le film de Cédric Klapisch, « Ma part du gâteau », mais la première rencontre avec la jeune actrice, également mannequin a été déterminante : « j’ai vu une extrême fragilité et en même temps, une puissance ».

