Jon Banks (Jude Law) est un psychiatre ambitieux. Quand une jeune femme, Emilie (Rooney Mara), le consulte pour dépression, il lui prescrit un nouveau médicament. Lorsque la police trouve Emilie couverte de sang, sans aucun souvenir de ce qui s’est passé, la réputation du docteur Banks est compromise…
Steven Soderbergh l’a annoncé partout : « Effets secondaires » s’avère son dernier long métrage pour le cinéma (« Behind the Candelabra » avec Matt Damon et Michael Douglas, que l’on verra sans doute à Cannes s’avère un téléfilm). Est-ce pour cette raison si en regardant « Effets secondaires », on n’a pas l’impression frivole que laissaient les précédents Soderbergh, à savoir l’illusion que le cinéaste prolifique pensait déjà à son prochain long métrage lorsqu’il en tournait un? La bonne nouvelle, c’est qu’il s’agit de son meilleur film, le plus abouti et surtout le plus jouissif depuis longtemps, manipulant le spectateur, jouant avec les apparences, les faux-semblants, les conventions du film noir.
Autant prévenir tout de suite: « Effets secondaires » gagne à être découvert vierge de toute information. Il contient suffisamment de surprises scénaristiques et de coups de théâtre qu’il est préférable de ne pas trop en savoir. Surtout, il donne envie d’être vu à répétition : certains plans, comme l’ouverture, n’ont pas la même signification une fois que l’on a compris où Soderbergh voulait en venir. Toute la première partie renvoie à « Contagion » où le réalisateur, fidèle à son système indépendant, faisait monter la tension en multipliant les points géographiques afin de résumer l’ampleur d’une épidémie qui se transmettait aussi bien par la voie aérienne (la dissémination dans l’air du virus par la toux, l’éternuement, les postillons) que par le contact rapproché avec une personne infecté (il suffisait de lui serrer la main). De la même façon, « Effets secondaires » laisse entrevoir un film dense et à charge contre les laboratoires pharmaceutiques, la médication des malades jusqu’à l’overdose. Mais très vite, on réalise qu’il s’agit d’une fausse piste et le film de révéler sa vraie nature de thriller paranoïaque dans la veine d’Hitchcock et de De Palma, obsédé par l’invraisemblable vérité. Et l’on s’arrête avant d’en dire trop.
Steven Soderbergh est d’autant plus malin qu’il sait pertinemment que les spectateurs vont aller voir Effets secondaires, avertis que ce film contient une surprise de taille et de fait vont analyser tous les détails des scènes liminaires, même les plus infinitésimaux et trompeurs. Il y a aussi et surtout dans cet écheveau un plaisir de jouer et de faire jouer les acteurs, parfaitement communicatif.
Alors que dans ses derniers films (« Piégée », « Contagion »), il s’amusait à convier des stars au casting pour les dégager au bout de quelques minutes et mettre en avant des acteurs inconnus du grand public, Soderbergh change de partition, ne s’éparpille pas et obtient encore une fois des performances éclatantes : Jude Law impeccable en psy dépassé par les événements ; Rooney Mara pleine de stigmates, paumée dans un brouillard de dépression ; Catherine Zeta-Jones dans un rôle intrigant, retrouvant celui qui avait révélé une facette insoupçonnée de son jeu d’actrice dans « Traffic » ; ou encore Channing Tatum, déjà dans les deux derniers Soderbergh (« Piégée » ; « Magic Mike ») qui n’est jamais aussi bon que chez son ami Steven. Tous très heureux d’incarner des personnages substantiels et ambigus dans un film carré, implacable. Vous êtes prévenus.

