[CRITIQUE] SHARA de Naomi Kawase

La famille Aso vit paisiblement avec ses enfants, Kei et Shu, deux jumeaux. Alors qu’ils jouent à cache-cache, Kei disparaît brusquement au coin d’une rue. Dans la communauté, personne ne s’en est vraiment jamais remis. Cinq ans plus tard, Shu a aujourd’hui dix-sept ans et n’arrive pas à oublier son frère…

Tout paraît étrangement ouaté dans Shara : le tempo est délibérément amorti ; les personnages réagissent de manière flegmatique… Sculptant son histoire dans une ambiance envoûtante où la musique se fait lancinante (des petits bruits indistincts), Naomi Kawase distille une atmosphère torve pour mettre en scène les remises en question et quêtes identitaires de plusieurs individus en proie au mal-être, bouleversés par des événements qu’ils ne parviennent pas à expliquer. A grand renfort de plans-séquences qui invitent à la contemplation poétique, la cinéaste arrive à décrire cette sensation étrange d’un malaise ambiant qu’apparemment rien ne justifie.
A force de fonctionner sur un mode elliptique (au grand risque de se priver d’un public plus large), Kawase n’hésite pas à abandonner un instant le fil de son histoire pour imbiber le spectateur de tous ces petits riens dérisoires qui sont la chair des personnages et leur donnent vie (voir la scène de danse). La plupart du temps, l’opacité du propos possède un charme intriguant qui opère sur toute la première partie du film. Dommage qu’à mi-parcours Shara bascule dans l’esthétisation et le trip poseur.
Ce n’est pas un hasard si on sort de la salle avec une impression positive mais mitigée : le pouvoir hypnotique est incontestable mais il donne aussi l’impression de fonctionner comme un trompe-l’œil. On peut se demander si Shara est une œuvre sincère, troublante et touchante ou un placebo qui donne l’illusion qu’il s’est passé quelque chose d’intense pendant une heure trente.

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