Plusieurs incidents apparemment sans aucun lien les uns avec les autres se recoupent tous vers un accident de voiture qui s’est produit une nuit à onze heures quatorze. Etrange, vous avez dit étrange ?
Avant d’être un thriller acrobatique, aussi efficace qu’intelligent, 11h14 est surtout un film substantiel et cohérent. D’un bout à l’autre. Sans trop lever le voile sur l’intrigue, on peut sommairement dire que le film met en scène un chaos regroupant une foule d’individus qui a priori n’ont rien en commun, si ce n’est une malédiction qui ne résulte peut-être pas seulement du fruit du hasard.
Les personnages sont détaillés avec une minutie exemplaire et leurs réactions face à des événements qu’ils ne contrôlent pas sont très crédibles. Exploitant jusqu’au bout les thèmes des paradoxes temporels et des événements liés, le film passe du drame au mélo, de l’horreur au grotesque et provoque une confusion des genres excitante qui apporte une vraie richesse à un scénario déjà robuste et étrange. Accessoirement, cela nous conforte dans l’hypothèse que nous sommes en présence d’un film qui exploite à fond la carte de l’inattendu. Le désir d’abandon de soi au cinéma fait partie de ces paradoxes pervers que nous aimons tous ressentir. De ce strict point de vue, on peut dire que le film réussit là où beaucoup d’autres échouent : dans ce plaisir de découverte et de nouveauté.
Les énigmes que pose le jeune réalisateur sont toutes résolues mais il arrive parfois que certaines zones d’ombre méritent d’être explicitées. Nécessitant d’être vu à répétition, 11h14 est un film fantastique ludique, futé, ténébreux, angoissant, mystérieux. Sa construction obéit à des astuces scénaristiques marquantes et fonctionne tel un cercle infernal absurde qui n’en finit plus de dérouter. La bande-son de Clint Mansell (Requiem for a dream) et l’interprétation d’ensemble, regroupant une profusion d’acteurs connus et hétéroclites, ajoutent au plaisir. Parmi eux, Patrick Swayze en profite pour se distinguer dans un rôle complexe et instille du trouble par sa simple présence, comme il le faisait si bien dans l’exceptionnel Donnie Darko…

