« Zones Troubles » de Rodolphe Bouquet-Populus, Jocelyn Charles, Maïté Sonnet et Grégoire Graesslin : c’est des courts mais c’est des bons

Une anthologie de courts bizarro comme on aime, ça nous manquait : Ultra Rêve ou 4 Histoires fantastiques, c’était malheureusement plus hier. Zones Troubles tente à nouveau de se pencher sur quelques nouveaux talents de l’étrange : autant dire du chaos en brique Tetra Pak pour nous. Sur les quatre courts sélectionnés, osons dire que la palme du chaos revient à Dieu est timide de Jocelyn Charles, nommé cette année côté animation aux César. Son design aberrant et psyché attrape immédiatement la rétine, festival de liquides précieux évoquant volontiers Suzan Pitt (comment ça, vous n’avez jamais vu Asparagus ??). Dans le fond, on est plus proche d’un épisode de Twilight Zone réécrit façon Ari Aster, où une situation banale (deux amis qui dessinent des bêtises pour passer le temps dans leur train) devient très vite anxiogène quand une silhouette extérieure (doublée par… Danièle Évenou !!?) s’en mêle. La folle du bus devient la folle du TGV et tout dérape en horreur merveilleuse. De l’animation comme ça, on en veut tout le temps.

La Dernière Neige de Rodolphe Bouquet Popolus s’affiche, lui, en bon petit cauchemar assez original, avec ses deux inconnus bloqués sur un téléphérique par un soir de festivités. Maîtrise totale, mouvement de grue, cadres astucieux, belle retranscription de l’ambiance si particulière des stations de ski à la nuit tombée… et même un défilé nocturne sur fond de The Final Countdown. La mise en place à la John Carpenter ne laissait pas de doute : l’horreur va s’infiltrer par un biais assez inattendu, mais chut chut. Dommage pour le virage found footage inséré au chausse-pied. On se lèche quand même les babines pour la suite des opérations.

Le plus « ancien » du lot (2019 tout de même), mais aussi le plus long, Massacre de Maïté Sonnet déploie le meilleur sujet… et le résultat le plus frustrant de tous. Suivant deux gamines obligées de déménager de leur île chérie, le film les voit commencer à fomenter un plan mortel pour punir les touristes du coin. Là où l’on aurait pu s’attendre à une approche achtung achtung ou plus perverse à la Ozon, Massacre lui préfère un brin de malice enfantine. Hélas, c’est peut-être sa fausse légèreté qui fait retomber comme un soufflé son dernier acte. Avouons que cela reste assez insolite et mauvais esprit pour intriguer, le tout emballé dans de belles images côtières signées Marine La Gradiva Atlan (et oui, she everywhere).

En dernier acte, Dammen, signé Grégoire Graesselin et présenté à Cannes l’année dernière, se révèle hélas trop dispositif pour son bien : un plan fixe, des jeunes filles au bord d’un lac, des choses bizarres, un sound design qui fait le reste. La pose et les intentions sont trop visibles, mais on apprécie l’envie de ne pas faire comme tout le monde.

4 novembre 2026 en salle | 1h 16min | Animation, Comédie, DrameProgramme de 4 courts métrages :
– La Dernière neige de Rodolphe Bouquet-Populus (20’, 2025)
– Dieu est timide de Jocelyn Charles (15’, 2025)
– Massacre de Maïté Sonnet (26’, 2019)
– Dammen de Grégoire Graesslin (15’, 2025)

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