Avant de terroriser les spectateurs avec le requin des Dents de la mer, Steven Spielberg avait déjà trouvé son monstre : un camion-citerne lancé à la poursuite d’un automobiliste ordinaire. Avec Duel, diffusé pour la première fois sur ABC le 13 novembre 1971, le jeune réalisateur (seulement 24 ans…) signe un téléfilm qui révèle immédiatement son talent de metteur en scène. Adapté d’une nouvelle de Richard Matheson, qui signe également le scénario, le récit suit David Mann (Dennis Weaver), un représentant de commerce traversant les routes californiennes. Après avoir dépassé un poids lourd qui roule lentement, il se retrouve pris dans une poursuite de plus en plus dangereuse. Le conducteur du camion semble vouloir sa mort, sans que rien ne permette d’expliquer son acharnement.
La grande force de Duel annonce déjà celle des Dents de la mer : Spielberg ne montre presque jamais le chauffeur, dont le visage demeure invisible, et ne donne aucune motivation claire à ses actes. Le réalisateur réutilisera d’ailleurs dans son film de 1975 le même effet sonore que celui accompagnant la chute du camion dans le ravin. Le poids lourd devient ainsi une présence menaçante, presque animale, qui semble douée d’une volonté propre. Spielberg le filme comme un prédateur, à travers ses roues, sa carrosserie rouillée, ses rétroviseurs et ses accélérations brutales. Face à lui, David apparaît vulnérable, isolé et progressivement gagné par la panique. Plutôt que de multiplier les dialogues et les explications, le réalisateur travaille les distances, les mouvements de caméra et le montage pour rendre chaque dépassement plus inquiétant que le précédent. Les routes désertiques de Californie deviennent un terrain de chasse et les tentatives de fuite du héros ne font qu’accentuer son sentiment d’enfermement.
Derrière ce thriller minimaliste se dessinent plusieurs lectures possibles. Spielberg a notamment évoqué une confrontation entre l’homme et la machine, ainsi qu’un exercice sur la paranoïa. David Mann incarne un Américain de la classe moyenne, habitué à une existence ordinaire, soudain confronté à une violence qu’il ne peut ni comprendre ni maîtriser. Certains critiques ont également vu dans le duel une opposition sociale entre le représentant de commerce, figure du monde urbain et bourgeois, et le routier, incarnation d’un univers plus populaire et physique. La version longue approfondit par ailleurs la fragilité personnelle de David, notamment à travers une conversation avec son épouse qui révèle une récente humiliation conjugale. Autant d’éléments qui enrichissent un récit dont la simplicité laisse place à plusieurs interprétations. Initialement conçu comme un téléfilm d’environ 74 minutes, Duel connaît un tel succès qu’Universal décide de le distribuer dans les salles à l’étranger, après l’ajout de séquences portant sa durée à près de 90 minutes. Cette reconnaissance internationale contribue à lancer la carrière cinématographique de Spielberg. Mais Duel reste Duel : un thriller tendu, inventif, d’une remarquable économie de moyens, qui démontre qu’un grand cinéaste peut filer les jetons avec une voiture, un camion et une route déserte. Tout un talent, oui.
21 mars 1973 en salle | 1h 32min | Drame, ThrillerDe Steven Spielberg | Par Richard Matheson Avec Dennis Weaver, Jacqueline Scott, Eddie FirestoneBoîtier avec fourreau Contient : – le 4K Ultra HD du film en version cinéma restaurée et remasterisée (HDR10, 89’15 ») – le Blu-ray du film en version cinéma (master 2015)4K ULTRA HD : « Duel » version TV 1.33 (HD, 73’59 », VOST Dolby Digital 2.0) « Une conversation avec Steven Spielberg » réalisé par Laurent Bouzereau (2001, 35’43 », VOST) « Steven Spielberg et le petit écran » réalisé par Laurent Bouzereau (2001, 9’28 », VOST) « Richard Matheson : l’écriture de Duel » réalisé par Laurent Bouzereau (2001, 9’24 », VOST) Galerie de photos et d’affiches (21) Bande-annonce cinéma (1’02 », VOST) BLU-RAY : |

21 mars 1973 en salle | 1h 32min | Drame, Thriller
