[VOX POPULI] « Suspiria » de Dario Argento : « Un pur objet de joie et de folie »

Notre lecteur Samy Hassan revient pour Chaos sur le film Suspiria de Dario Argento. Pour envoyer vos tops, vos critiques, vos avis, vos demandes etc., une seule adresse: redaction@chaosreign.fr

« Bienvenue dans l’univers gothique et coloré de Dario Argento, avec ce premier volet de la trilogie des Trois Mères, auxquelles suivront l’honorable Inferno en 1980 et le nanar Mother of Tears en 2007 (mais heureusement avec une apparition remarquée du regretté Udo Kier). Ce film marque une rupture dans la carrière d’Argento de l’époque avec son essence même qu’était le Giallo et fait ici le pas dans l’horreur et le fantastique. Pour nous livrer ce qui reste à ce jour l’un de ses films les plus aboutis.

Se déroulant dans une école de danse à Fribourg en Allemagne (la façade rouge en glace le sang dès le début du film), on y suit l’arrivée de l’américaine Suzy (Jessica Harper, déjà remarquée à l’époque dans le cultissime Phantom of the Paradise 3 ans auparavant) prête à se former et percer dans le monde cruelle de la danse classique, gouvernée par une directrice et une professeure machiavéliques.

Sous son festival de lumières chromées ou encore de néons baveux et terrifiants à travers chaque scène du film, la mécanique d’Argento est d’autant plus efficace pour donner les frissons quand elle s’appuie sur la bande-son de synthé du groupe Goblin, également diffusée lors du tournage du film pour immerger les actrices et acteurs et faire ressentir l’ambiance ensorceleuse de l’intrigue (malin le type!).

Avec cette œuvre, Argento est au sommet de sa créativité. Il s’est inspiré de ses périples dans pléthores de villes européennes, notamment les « capitales de la magie » (Lyon, Turin, Prague), et dans la Forêt Noire, pour nous livrer une œuvre gothique et prodigieuse encore frappante aujourd’hui. Le personnage de Suzy est un peu comme celui d’Alice aux pays des merveilles qui découvre un monde nouveau peuplé de personnages étranges et inquiétants (Pavlo le serviteur muet, qui fait penser à Richard Kiel sans la grandeur de taille et avec une coupe au carré). Lors de la scène finale, Argento nous aventure dans le sous-sol des sorcières à travers une fresque impressionnante rappelant l’expressionnisme allemand du Cabinet du Dr Caligari (1920), pour ensuite croiser une statue d’oiseau qui est une référence à son propre cinéma (L’Oiseau au Plumage de Cristal, 1970).

L’œuvre est tellement fascinante qu’elle a engendré un remake plus de 40 ans après, sous le même titre, et réalisé par le guère talentueux Luca Guadagnino (et pourtant son meilleur film à ce jour). Rallongé d’une heure par rapport à l’original, il n’en vaut pas moins le détour pour son approche beaucoup plus sombre et au final très différente, se déroulant dans un Berlin fragmenté par le Mur, avec bien plus de sorcières (dont Sylvie Testud et Angela Winkler, la mère du « petit » Oskar dans Le Tambour), une Tilda Swinton scindée en 3 rôles, une scène de danse bizarroïde et un final dérivant dans le body-horror extrême.

Vous l’aurez compris, l’œuvre d’Argento (des années 70 et 80 bien sûr) n’a toujours pas fini d’intriguer et de séduire. Alors allez (re)découvrir cet objet de pure folie et de joie cinématographique.

Si vous avez ce film, vous aimerez surement : tous les autres films de Dario Argento allant de L’Oiseau au plumage de cristal (1970) au Syndrome de Stendhal (1996) ; Le Magicien d’Oz (1939) ; Blanche-Neige et les Sept Nains (1937) ; Halloween (1978) ; Black Swan (2010) ; The Neon Demon (2016) ; Copenhagen Cowboy (2023) ; Suspiria (2018). »

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