[TWIN PEAKS THE RETURN STORY] EPISODE 12 – « Tu ne vas pas me dire ce qu’elle t’a dit ? »

En réaction au décès de David Lynch, survenu le 16 janvier 2024, nous reprenons notre story sur Twin Peaks The Return, pour replonger, une ultime fois, dans ses limbes et son chaos frénétique. Poursuivons avec l’épisode 12 avec au programme : le retour de deux personnages emblématiques, le Blue Rose Task Force au grand complet et une inquiétude grandissante.

« Go… get… your… jacket !!! »

Nous nous demandions où elles étaient passées, et elles réapparaissent enfin dans cet épisode 12 : Sarah Palmer et Audrey Horne, deux des grandes figures féminines des premières versions de la série, reviennent dans un stade de déformation et de déviation aussi prononcé que Dougie/Cooper (qui n’apparaitra d’ailleurs que 24 secondes dans cet épisode). Sarah d’abord, soupçonnée d’être la petite fille avalant le frog-moth de l’épisode 8, se présente pour la première fois sous des traits très inquiétants, comme si un mal la rongeait de l’intérieur. Fascinée par les sachets de bœuf séché disposés à la caisse de l’épicerie – ce qui peut légitimement faire penser au fameux Convenience Store et aux entités maléfiques qui l’habitent –, elle pète un câble sous les yeux médusés de deux jeunes employé·es, dont l’une exprimera un « Whaaaaaaat » assez savoureux. Plus tard dans l’épisode, Hawk rendra visite à la mère de la défunte Laura Palmer, pour checker si tout va bien. L’angoisse autour d’elle ne faiblira pas, prononçant une réplique terrible, point de passage de cette saison 3 du point de vue de la gravité environnante du récit : « C’est une sacrée sale histoire, pas vrai Hawk ? ».

Enfin, Audrey Horne propose une apparence tout aussi mystérieuse, complètement hors sol tant ce qu’elle raconte au cours de l’interaction qu’elle mène avec un certain mari prénommé Charlie, puis l’endroit dans lequel elle se trouve ne nous donne absolument aucun indice sur ce qu’elle est actuellement en train de vivre. Évoquant des prénoms qui n’évoquent aucune référence précise dans la série (Billy, Tina et même un Chuck), Audrey (et Charlie) enfonce la latence extrême de la scène (plus de 10 minutes !) dans les coins les plus tortueux du récit.

Sarah et Audrey sont ici les nouvelles victimes du total dérèglement provoqué par cette saison 3 vis-à-vis de l’inconscient référentiel des premières versions. La femme au bord de la crise de nerfs qu’était Sarah Palmer, à la fois victime de ce qui lui arrive en tant que mère et en même temps sujette à des troubles inexpliqués (les fameuses visions du cheval blanc et de BOB), est remplacée par une version à mi-chemin entre la serial killeuse et l’échappée d’asile. Lors de la conversation avec Hawk, l’accès à l’intérieur nous est refusé, comme s’il était désormais impossible d’atteindre une intériorité que la série, par le passé, a toujours cherché à creuser pour rendre compte du traumatisme de la mort de celle dont tout le monde parle. Dans The Return, il est désormais inconcevable voire dangereux de pénétrer au cœur d’une logique, d’un pouls qui fut, à une époque, le cœur de notre aventure.

C’est exactement la même logique qui s’abat sur le personnage d’Audrey Horne : à la fois statique et virulente (les cris et les insultes pullulent), ce personnage n’a rien à voir avec la grande romantique de l’époque, cette maturité à l’œuvre (c’était l’adolescente qui évoluait le plus dans la série) et au contact du moindre mouvement (son rapport avec Cooper, qui suscite de nombreuses théories). Celle qui aurait donc frôlé la mort dans le dernier épisode de la saison 2, lors de l’explosion de la banque, aurait donc tout perdu, jusqu’à ce que Docteur Jacoby lui-même, dans son podcast anti-système, ne le sous-entende à la toute fin de son discours : « Le neuvième cercle de l’enfer vous tend les bras ! ». Audrey et Sarah sont comme lessivées, brainwashées par la lapidation chronique de cette saison : faire en sorte que nos repères comme ceux des personnages soient totalement désordonnés, pour mieux cerner une part de chaos. Une sale histoire, en effet.

« Albert… Sometimes I really worry about you. »

Si l’investigation autour de la mort du Major Briggs n’avance pas d’un pouce dans cet épisode, l’équipe composée de Gordon Cole, Albert, Diane et Tammy Preston vit des aventures qui méritent qu’on s’y attarde. La dernière citée est enfin intégrée au programme Blue Rose du FBI, dont Dale Cooper et Chester Desmond (Fire walk with me) font aussi partie. Devant un rideau rouge et autour d’un verre de vin – une vibe on ne peut plus twinpeaksienne, parfait écrin pour intégrer une élite fictive du FBI –, Tammy est recrutée quelque temps avant la reprise de fonction de Diane, en tant que consultante.

Malgré la réminiscence d’un inconscient (Diane rejoignant le FBI pour « comprendre ce qui s’est passé » pour Cooper), cette scène provoque tout de suite un drôle de trouble. En effet, au moment d’accepter, elle prononce une réplique bien connue – « Let’s Rock » – par-dessus un son extradiégétique tout aussi connu. L’association de cette réplique et de ce son, nous l’avons en effet déjà vue et entendue quand Dale Cooper, dans Fire walk with me, vient inspecter le Fat Trout Trailer Park et l’emplacement vide, mais préalablement occupé par la caravane de Mrs. Chalfont et de son petit-fils, deux entités greffées à la Black Lodge. Emplacement à côté duquel est gravée, au rouge à lèvres, une inscription cryptique sur le pare-brise de la voiture de Chester Desmond, porté disparu : « Let’s Rock ».

L’infiltration à la fois très discrète et tout de même troublante de Fire walk with me à ce moment précis vient supplanter le personnage de Diane dans un rapport ambigu avec ses compagnons de route. Comme en témoignent deux scènes pour l’instant cryptiques où Diane répond à un message demandant si la question de Las Vegas a été émise, et une autre où elle rentre les coordonnées lues sur le bras de Ruth Davenport, retrouvé dans la Zone dans l’épisode précédent. Des coordonnées menant à Twin Peaks… A ce moment précis, on se doute que Diane joue un double jeu. Cette saison 3, quant à elle, ne cesse de brouiller les différentes versions de la saga pour mettre en branle les forces du mal.

Toujours du côté de la Blue Rose Task Force, Gordon Cole s’amuse avec une French Woman (telle que créditée au générique et jouée par Bérénice Marlohe) qui, alors qu’elle est demandée de gentiment partir de la chambre par Albert, enfonce encore un peu plus cette saison dans des niveaux de latence toujours aussi dingues, avec une scène qui nécessite pratiquement trois minutes pour la voir s’en aller ! Tout cela sous les yeux apeurés d’Albert, soudain contraint au mutisme et même à une forme de drame tant son regard, perdu et apeuré, fait tendre une corde sensible jusqu’ici absolument insoupçonnée dans sa trajectoire d’agent dévoué et acerbe (mais doué d’amour, tout de même).

« Le mystère absurde des forces étranges de l’existence », disait-il dans l’épisode 3. Je n’aurais pas dit mieux.

Point Jerry Horne – Il court, il court, le furet ! Jerry Horne est sorti dans la forêt : mais il est toujours paumé, en pleine prairie, à proximité des arbres. Il se casse la gueule, mais rien de cassé. Vraiment ?

Les articles les plus lus

Les dix meilleurs films de 2026 (pour le moment…)

Quels sont les films vus, critiqués, aimés (et moins...

Le thriller romantique queer « The Serpent’s Skin » de Maio Mackay dévoilé dans une bande-annonce prometteuse

Une bande-annonce vient d’être dévoilée pour The Serpent's Skin,...

« Crystal Lake » : la franchise horrifique « Vendredi 13 » déclinée en série

Les studios A24 et la plateforme Peacock ont dévoilé...

Culte des années 2000 : The Detroit Experiment – « Think Twice »

En 2002, Carl Craig enregistre une nouvelle version de...

« Salvation » de Emin Alper : recette pour un massacre

Avec Burning Days (2022), sorte de Réveil dans la...

Culte des années 2000 : Freezepop – « Less Talk More Rokk »

Au milieu des années 2000, Freezepop commence à changer...

Culte des années 90 : Mos Def – « May-December »

Surprise : après seize titres, Mos Def termine Black...

Culte des années 90 : Laika – « Almost Sleeping »

Le groupe Laika se forme à Londres en 1993...

Culte des années 80 : Cameo – « Word Up »

Une batterie électronique sèche, une basse qui cogne, quelques...

Culte des années 2010 : Red Axes – « Papa Sooma »

Papa Sooma s’ouvre sur quelques notes de clavier, une...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!