Trois questions à Tsai Ming-liang

Un film brûlant sur le sexe et le désir avec de vrais morceaux de comédie musicale. Qu’en dit son auteur ?

Comment doit-on interpréter la scène finale ?
Pour moi, cette scène est avant tout symbolique. Elle peut paraître dérangeante au premier abord mais c’est avant tout une manière de dire que si on accepte ce métier, alors une partie de vous-même est morte. En tant que spectateur, quand on regarde un film X, on peut se considérer comme mort. Le débat a été soulevé à Taiwan à cause de cette séquence qui a fait grincer des dents. La vraie question est ailleurs, notamment dans le fait de savoir pourquoi on consomme des images du corps comme du papier toilette.

Quelles ont été les réactions du milieu ?
Le film a été montré en avant première au Japon et parmi les gens dans la salle, plus de la moitié étaient issus du milieu pornographique. J’ai pris ça comme une gageure de montrer ça à des professionnels. A la fin de la séance, une fille s’est levée. C’était une attachée de presse qui travaillait dans le milieu porno. Clairement, elle disait qu’elle avait impeccablement ressenti cette solitude par rapport au métier qui naît du regard des autres.

Le film transgresse pas mal de tabous en terme de sexualité.
De nos jours, on ne veut pas montrer aux enfants des images qui pourraient nuire à leur éducation. Ce sont généralement des adultes qui sont là à dire que ça peut nuire aux enfants et qu’il ne faut pas qu’on en parle pas ouvertement. C’est peut-être pour cette raison que le sexe devient finalement un produit que l’on exploite. Ce qui est interdit suscite l’envie d’en savoir davantage. Du coup, on en fait un produit. Le sexe est consommable partout aujourd’hui sous diverses formes. Je trouve ça un peu hypocrite. Aujourd’hui, le film est confronté à divers problèmes de censure. On a des problèmes au niveau des affiches. En fait, l’affiche internationale a été interdite. Le film a été interdit à Singapour. Et à Taiwan, il y a eu un grand bordel médiatique sous prétexte que les journalistes pensaient que ce serait un porno. Je vous pose la question : est-ce que vous avez des larmes quand vous regardez ces films ?

Les articles les plus lus

Les dix meilleurs films de 2026 (pour le moment…)

Quels sont les films vus, critiqués, aimés (et moins...

Le thriller romantique queer « The Serpent’s Skin » de Maio Mackay dévoilé dans une bande-annonce prometteuse

Une bande-annonce vient d’être dévoilée pour The Serpent's Skin,...

Culte des années 2000 : The Detroit Experiment – « Think Twice »

En 2002, Carl Craig enregistre une nouvelle version de...

« Salvation » de Emin Alper : recette pour un massacre

Avec Burning Days (2022), sorte de Réveil dans la...

Culte des années 2000 : Freezepop – « Less Talk More Rokk »

Au milieu des années 2000, Freezepop commence à changer...

Culte des années 90 : Mos Def – « May-December »

Surprise : après seize titres, Mos Def termine Black...

Culte des années 90 : Laika – « Almost Sleeping »

Le groupe Laika se forme à Londres en 1993...

Culte des années 80 : Cameo – « Word Up »

Une batterie électronique sèche, une basse qui cogne, quelques...

Culte des années 2010 : Red Axes – « Papa Sooma »

Papa Sooma s’ouvre sur quelques notes de clavier, une...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!